08.04.2006

chapitres 5 et 6

Chapitre 5 vendredi J-3
Tôt dans la nuit du vendredi...

Marina se réveille en sursaut, elle en est sûre, elle a entendu un raclement, une sorte de frottement. Elle se redresse, l'oreille aux aguets... encore ce bruit ! Vite, réveiller Julien qui dort profondement. Elle le secoue vivement .
- Julien, y'a quelqu'un dehors !
- T'as vu l'heure ? J'entends rien moi, ça doit être Frech
- Arrête, tu vois bien qu'il dort au pied du lit, tout calme après toutes les bêtises qu'il fait dans la journée...
- Écoute ..

Effectivement, ce coup ci, on entend nettement des pas qui piétinent et s'éloignent.
Tous deux se lèvent précipitamment, se retrouvent dans l'entrée et là, découvrent devant la porte une grande enveloppe marron toute froissée. Julien se baisse, la retourne et la ramasse. Aucune inscription dessus.
- Qu'est ce que c'est que ça encore ! Ouvre-la Julien !
Et Julien défait l'enveloppe...

... au même moment à la mairie

5 heures du mat'. Le gyrophare du camion des éboueurs balaie la place de la mairie enveloppée dans un épais brouillard. Assis, sur une colonne de marbre et disssimulé derrière un pilier, Jeff allume sa première cigarette, histoire de ne pas s'endormir. Il s'était laissé entraîné chez Sandra. Elle avait un appart' à deux pas. Il avait posé une condition : "On ne dort pas de la nuit". Ils n'avaient pas dormi, mais blotti derrière son pilier, il sent ses yeux se fermer doucement. Il se réveille en sursaut quand il entend arriver l'équipe du ménage de la mairie traînant de grosses poubelles. Il se faufile derrière les quatre agents d'entretien vêtus de blouse grise barrée du logo Nicollux.

Vite, récupérer le magnéto !

Une fois dans la mairie, Jeff grimpe au premier, fonce vers le bureau du maire. Il ne fait pas attention aux marques de craie sur le sol ni aux traces de sang sur le bureau. Il soulève le tableau pour récupérer son magnétophone.
Un peu trop vite sûrement, car le tableau se décroche et tombe dans un grand fracas. Il récupère son petit Sony qui semble intact. La toile, elle, est bien endommagée. Le cadre est cassé en deux endroits et le verre de protection a volé en éclats.

Son attention est alors attirée par un bout de papier blanc qui dépasse du montant du cadre fendu. Intrigué, il achève de le casser d'un coup de pied et parvient à extraire des feuilles de format A4 roulées comme un papyrus. Pas le temps de regarder. Les agents d'entretien, attirés par le bruit, rappliquent au bout du couloir.

Où il est question de "béton révolutionnaire"

Jeff glisse les feuilles qu'il met dans la poche de sa veste en cuir noir. Seule issue, la fenêtre... Heureusement, il y a un chéneau qui lui sert de corde pour descendre. Devant la mairie, le Café du commerce vient d'ouvrir. Le patron acccueille Jeff d'un :
- Bonjour... un café ?
- Deux, lui répond Jeff en s'asseyant.
Il déroule les feuilles sur la table. En fait, il y en a quatre. Trois représentent les plans d'une ville. Des lignes bleues relient chaque maison à ce qui pourrait être un building. La quatrième est barrée de chiffres et de signes ; sûrement un code. Le seul mot qu'il arrive à déchiffrer est : "béton révolutionnaire".
- Bonjour... un café ?... Le lieutenant Steve entre dans le bar. Jeff range précipitamment toutes ses feuilles.

7ème victime à Blogville

Steve se pose sur un tabouret.
- Un café serré ! soupire-t-il en dépliant Le Sud qui, à la une, titre "Nouveau meurtre à Blogville".
Il ne voit pas Jeff sortir. Sa voiture, une vielle Lada rouge des années 80, est garée devant l'appart' de Sandra. Une voiture de police et une ambulance stationnent devant le porche. L'épicière, entre ses cageots de poireaux et de pommes vertes, pointe le bout de son nez.
- Que se passe-t-il ? lui demande Jeff.
- C'est affreux, c'est Sandra, la petite du quatrième, il paraît qu'ils l'ont trouvée morte !
Jeff est sidéré ! Il s'engouffre dans sa voiture et sort de sa poche les plans un peu froissés. "Bordel" se met-il à crier en s'apercevant qu'un trait légérement bleuté entouré sept zones correspondant à des immeubles. Il pointe le doigt sur un : c'est l'immeuble de Sandra !

Coup de spleen pour Steve

Au café du commerce, Steve finit son expresso. En fond sonore, la radio locale passe le tube du moment.
"Le vent souffle dehors...
mon corps frémit sous tes caresses
laisse tes mains encore...
à cor et à cris... je t'aime..."


La voix langoureuse de la chanteuse le plonge dans ses regrets, son aventure à peine ébauchée avec Marlène. Il faut qu'il se bouge, il faut qu'il avance sur cette enquête ! Pour Marlène et pour arrêter cet engrenage mortel dans lequel le tueur semble se complaire. Il sort dans la rue. Son Bip sonne, tandis qu'il tombe sur ses collègues au pied de l'immeuble de Sandra.
- Salut, Zeck ! Ca va ?
- Salut Steve. Non pas trop. T'in, moi, ces changements d'heure, ça me perturbe. J'irai au paletot bien volontiers. En plus, pour voir une gamine qu'aurait l'âge de ma fille zigouillée, c'est pas pour dire, mais ça la fout mal. T'as pas l'impression qu'il s'en prend aux jeunes, ce killer de mes deux ? T'in, si je te l'attrape !

Le corbeau qui vous veut du bien

Au même moment, Marina et Julien, attablés devant un café, sont perplexes. Devant eux sont étalés les papiers trouvés dans l'enveloppe.
- Ca ressemble à un plan, tu trouves pas?
- Bizarre, on dirait un plan de quartier, mais ce qui m'intrigue ce sont ces numéros et ces signes.
- Regarde, il y a encore une feuille pliée au fond de l'enveloppe.
Marina déchiffre les quelques mots inscrits en lettres bâton : "Ce plan est à l'origine de tous les évènements qui se produisent à Blogville ", signé : Le corbeau qui vous veut du bien.

Grève gé-né-ra-le inter-profes-sion-nelle !

- Julien, il faut vite aller voir Steve !
- Pas facile d'aller voir Steve, aujourd'hui, il y a cette manif contre le ministre Vrillenvain. Tout le monde est dans la rue.
- En effet, Vrillenvain n'a rien trouvé de mieux que de nous proposer un Contrat Première Débauche, en disant : "C'est comme ça que les jeunes se forgeront leur avenir !".
- Essayons en métro, la station est à 2 mn, allez on y va !

Smirnoff le molosse, encore et toujours

Il est 10 h du mat. Tous les deux attendent sur le quai la rame de métro. Julien aperçoit un grand blond qui s'approche d'eux rapidement.
- Marina, schouffe le molosse derrière, il nous a suivi !
- Vite, la rame, entrons.
Trop tard, Smirnoff dégaine déjà. Il vise Julien mais rate son coup. La balle fait des ricochets et dégomme Frech, le chat de Marina, qui - une fois de trop pour lui - l'a suivi.

Julien saute dans le wagon alors que Marina reste coincée dans la porte. Smirnoff s'accroche à son bras et la tire vers lui. Julien fait pareil de son côté. Pas de jaloux, moitié, moitié, la partie de Marina que le Blondinet tient vient de heurter un panneau et Julien se retrouve allongé dans le wagon avec le bras droit de Marina... Tout n'est pas perdu, il pourra toujours récupérer la montre... Elle marche encore, il est 10h10.

Horreur à Blogville

Sur le quai, devant le panneau tordu et le corps disloqué, démembré de Marina, les badauds hurlent leur désespoir. L'horreur absolue se lit sur les visages penchés vers la dépouille déchiquetée et sanglante. Un enfant montre à sa mère une bague qu'il vient de trouver, près du pied gauche déchaussé, pied carressé par Julien, le matin même. La mère demande le silence de l'enfant, le doigt sur la bouche, et lui prend l'anneau d'or qu'elle glisse dans sa poche, en clignant de l'oeil gauche - une performance pour l'enfant - qui, plus tard, quand il sera grand, saura cligner alternativement des deux yeux. Personne n'a songé à appeler les secours. Et, malgré la proximité d'une vingtaine de personne, personne n'écoute le coeur de la jeune adulte qui devait être jolie, avant.

Blogville étant sous vidéo surveillance, Steve est presque immédiatement au courant de ce qui s'est passé dans le métro. Il repasse la vidéo à l'envers. Quelque chose cloche. Le bras n'est pas repéré. La montre aurait du être au poignet gauche !

Le domaine de Jeff !

Jeff a peur de tout comprendre. Il lui faut s'isoler pour écouter son enregistrement. Direction son appart' : un 100m2 au quatrième étage sans ascenseur sous les toits. Chaud l'été ! Froid l'hiver ! Il s'en moquait, il n'occupait que deux pièces : sa chambre recouverte d'affiches de cinéma. Birdy, Butch Cassidy et le Kid, Matrix, le cinquième élément... tapissaient les murs. Dans la cuisine autour d'une table de bois clair, quatre chaises, un frigo et un micro-onde.
Ces deux pièces chichement meublées contrastaient avec le reste de l'appartement ; une seule pièce immense. Deux caméras Sony, quatre écrans plasma, deux ordinateurs dernière génération, équipés d'écrans 50 pouces, des enceintes gigantesques... C'était le domaine de Jeff.
De là, il a accès à tout et, via son blog et des flux RSS savamment orientés, il peut diffuser toutes les informations possibles et imaginables.
En passant devant le frigo, il attrape sa bière favorite : une 664. Entre deux gorgées, il branche son magnéto sur son ordi, copie le fichier et actionne la touche play.

Un enregistrement béton !

Première réunion du maire : bilan de la manif' anti CPD, Jeff appuie sur la touche avancement. Deuxième réunion : rien que du blabla autour d'une décharge. Troisième et quatrième : rien que du banal. Sur la cinquième, Jeff se redresse et pose sa bière. La voix de Sam Isover s'adresse à un certain Ivan.
- Putain, le frère de Marlène... s'écrie Jeff, qui monte le son sur l'ordi et n'en croit pas ses oreilles...

La voix de Sam Isover: Alors tu en es où Ivan ?
Ivan : Tout est OK...
- Tu veux dire que les essais sont concluants ?
- Oui ! Grâce aux nouveaux composants que j'ai pu ramener de Russie.
- Donc c'est opérationnel !
- Le béton qui a été coulé dans les dalles et les toitures de sept immeubles de la ville est capable de transmettre assez d'énergie pour communiquer, écouter, voir. Cette nouvelle matière sert de caméra, de magnétophone, de ligne ADSL...
- et les puces...
- Pour les puces, par contre, il y a un problème... Tous ceux qui ont accepté de se les faire implanter sont morts ou poursuivis... Ma soeur a été tuée... et j'aimerai bien savoir par qui.
Un grand cri retentit dans la pièce à tel point que l'enregistrement devient inaudible.

Jeff jubile, il tient son scoop !

La brune Kalinka Varit

Le portable de Jeff entame l'hymne à la joie. Il se précipite, jette un regard sur l'écran qui affiche le nom de son de son correspondant : Kalinka Varit. Il attend cet appel depuis une semaine. Depuis qu'il l'a rencontrée à la Compagnie des Indes, un resto branché de Blogville.
- Je te dérange?
- Euuuh non, mais... Il se met à penser à leur première rencontre, à la lueur qu'il a aperçu dans ses jolies yeux bleus, à son visage d'enfant, à ses cheveux bruns.
Kalinka lui demande de sa voix encore plus douce que dans ses souvenirs :
- Demain soir, tu es libre... ? Je pense que j'ai des choses qui peuvent t'intéresser.

"Eh merde" pense-t-il. Le lendemain, il doit partir à Smartville. Le billet est réservé. Il y eut un long silence.
- Euuh, non, je ne peux pas...
- Bon, alors, à bientôt.
Elle a raccroché. La radio nazille le dernier tube la mode : "Dehors, le vent souflle...".
Pour surmonter son coup de blues, Jeff se dirige vers le frigo et s'offre une autre 664. Il regrette d'avoir pris cet engagement à Smartville. Il ne se doute cependant pas de ce que Kalinka s'apprête à lui révéler.
Il n'y pense même pas. Lui, il aurait voulu tout simplement plonger ses yeux dans les siens, poser ses mains sur ses épaules, écouter ses soupirs.

Kalinka Varit, né Rio, veut revoir Jeff pour lui avouer que son vrai nom, c'est Georges Larouffle et que ce sont les opérations successives qui lui ont données l'apparence d'une belle brune. Enfin, il lui manque encore une intervention à subir qui le(la) privera à tout jamais de sa troisième jambe...

Plus tard dans la journée

Fatigué, le médecin légiste pousse un soupir de soulagement. Ouf, c' est terminé... Il a beau faire ce travail depuis de nombreuses années, il ne se fait pas à la vue de ces jeunes, morts de façon si brutale.
"Pauvre gosse, pense-t-il, même pas eu le temps de vivre, misère de misère, si c'est pas malheureux !". Il range ses affaires, éteint le dictaphone sur lequel il a enregistré tous les détails de l'autopsie et le glisse au fond du tiroir.
Mettre toujours les choses au même endroit, ça lui facilite la vie. Affalé dans son fauteuil, il fait un peu le point sur l'autopsie qu'il vient de faire et se relève pour regarder de nouveau ce qu'il a trouvé au cours de l'intervention. Jamais de toute sa carrière il n'a eu un cas pareil. Il tourne et retourne l'objet, se demandant comment ce truc a pu se retrouver sous la peau du crâne de la jeune fille. "Il faut que je prévienne Starskuch" décide-t-il.

- Allo, Steve ? C'est Jean Taylle, le nouveau légiste, il vaudrait mieux que vous passiez, j'ai quelque chose qui va vous intéresser.
- C'est rapport à l'autopsie d'aujourd'hui ?
- Allo, allo, je vous entend très mal, il y a du bruit sur la ligne, je vous attend.
Steve et son confrère arrivent vite à l'intitut médico-légal et là découvrent le légiste gisant par terre. Vivant , mais très mal en point, il a visiblement été assommé.

Le peuple des connecteurs

Devant la mairie, où les journalistes sont toujours aglutinés, Ivan, le frère de Marlène, se dirige vers la file des taxis. Il a rendez-vous à 14 heures à l'aéroport. De son entretien houleux avec le maire, il n'a retenu qu'une chose. Les premiers tests effectués à Blogville à partir des immeubles construits avec le béton révolutionnaire sont concluants. Comme convenu aussi "le peuple des connecteurs" est prêt à racheter très cher le brevet... pour, disent-ils, prendre le pouvoir.
Ivan considère ces adeptes de l'informatique, du mouvement punk et des jeux vidéo comme de gentils allumés. Lui, ce qui l'intéresse, c'est l'argent. A la fin de la semaine, si tout va bien, son compte en Suisse devrait grossir. Il a déjà pris son billet pour le Mexique où il rêve d'acheter un ranch.

Il pense à Marlène, sa soeur, dont il est sans nouvelles depuis une semaine... et à tous les meurtres sur les cobayes qui avaient acceptés de se faire poser la puce, pour tester le potentiel du béton. "Le peuple des connecteurs" peut-il être lié à cette série de meurtres ? C'est la question qu'il se pose quand le taxi freine brusquement.
- C'est la manif... on passera pas... on ne sera pas à l'heure à votre rendez-vous, tente de lui expliquer avec un fort un accent du sud le chauffeur de taxi.

Il reste dans le taxi.. 14 h : Ivan essaye de téléphoner. Impossible trop de portables sur la manif'. Les communications ne passent pas. Il se remet à penser au "peuple des connecteurs". Tout ce qu'il sait d'eux, il l'a appris par le maire. Depuis une semaine, avec leur chef, un certain Ordimac, ils se sont installés dans un sous-sol de l'aéroport où ils ont aménagé des salles d'ordinateurs. Au total, ils sont une vingtaine. A eux seuls, ils veulent former une nouvelle société planétaire. Blogville doit leur servir de cobaye. Mais Ivan ne pense pas qu'ils puissent être à l'origine des meurtres. Qui alors ? se demande-t-il alors que le taxi n'avance toujours pas.

Une nouvelle venue à Blogville

Zeck arrive au commissariat tout essoufflé.
- Steve, je suis passé à l'hôpital voir le légiste, il a repris connaissance, ça ne sera pas bien grave. Il s'en sort bien !
- Qu'est ce qu'il t'a dit ?
- Pas grand chose car tu te doutes bien qu'il est encore un peu dans les vaps, il a un mal de tête terrible. Il m'a parlé un peu de ce qu'il a trouvé sous le cuir chevelu de Sandra et m'a dit d'écouter son dictaphone. Je viens de passer le récuperer, on va peut-être en savoir plus sur l'autopsie.
- Et Julien, tu as eu le temps d'aller le voir ?
- Ouais, et il est encore sous le choc, c'est affreux ce qui est arrivé. Il va avoir du mal à s'en remettre. Il a téléphoné à la soeur de Marina, elle arrive demain je crois.
- Marina avait une soeur ?
- Ben oui, elle habite à l'autre bout du pays. Paraît qu'elle dirige une agence de détectives privés.
- Manquait plus que ça ! J'espere qu'elle ne va pas être dans nos pattes ! Bon, il faut vraiment que l'on fasse notre réunion de crise. Convoques moi tout le monde ici dans 1/4 d'heure. Il faut se répartir les pistes.

Une souffrance intolérable

Julien, se tient sur le bord de la cuvette des toilettes de chez lui. Il vomit. A s'étouffer. Et rien ne sort. Il hurle. Il crie. Il se relève pour s'affaisser sur le mur, ses mains tremblantes accrochent les photos, qui tombent. Il pleure. Il pleure comme un enfant. Avec de grands hoquets longs. Répétés. Et se retourne vers la cuvette, pour déverser des sons tronqués, avortés. Son ventre est douloureux. Sa gorge bat. Ses tempes battent. Ses veines battent.
- Marinaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Et silence. Total. Comme une mort. Il ne bouge plus. Paralysé. Pour arrêter le temps.

Le cliché raté...

Fred s'en veut de ne pas avoir pu photographier la scène à laquelle il a assisté. Mais pourquoi diable, ce soir-là, était-il sortit sans le dernier reflex numérique de chez Kanone que le revendeur de la Frac lui avait laissé à l'essai pour quelques jours ?
Il aurait au moins pu glisser dans la poche de sa veste en daim, le petit compact autofocus que lui avait offert l'an dernier Julien et Marina pour son 25e anniversaire.

Marina ! Ah Marina. Il étouffe un sanglot en pressant le pas. Fred gamberge. Fred culpabilise. Ses clichés auraient peut-être pu mettre un terme à cette folie meurtrière.

Il a été témoin d'une scène qui aurait sans doute permis à Steve de faire un pas décisif dans son enquête. Or là, sans photo, sans preuves, il ne reste plus rien. Rien de concret. Tout devient soudainement virtuel. Pfuuut ! Une image fugace. Comme si tout cela n'était tous comptes faits qu'un horrible cauchemar. "Putain : nous voilà bien avancé", songe-t-il à voix haute en montant quatre à quatre les escaliers de l'immeuble de Julien.

Le peuple des connecteurs, info ou intox ?

Arrivé sur le palier, il entend sa grand-mère parler par la porte entrebaillée - elle ne ferme jamais sa porte,Titane - .
Titane lit tout haut, sur l'ordinateur de son petit-fils :
"...concernant le peuple des connecteurs, je n'arrive pas à savoir si c'est une intox ou si c'est vraiment émergEnt. Je n'ai d'info que par mon moteur de recherche, et c'est léger. A la fac, à ce jour, personne n'a pu me répondre. (ah ! la grève)...
C'est sûr que la société change. Nous en sommes les témoins (je pense) privilégiés... Vous ne trouvez pas que c'est bien, ce qu'on vit, là. Je suis impatiente, à chaque fois, de savoir comment notre "petit monde" se porte... J'ai hâte de vous retrouver. Est-ce que ça doit rester ludique ?
Il ne dépend que de nous d'en faire du encore mieux, non ? On a des moyens incroyables. Je crois qu'on en n'est pas encore conscients, à jouer avec nos petites histoires. Le monde du travail se révolutionne aussi... On vit le monde entier, la planète, l'univers (?) si on veut !!!"


666 66 7, le jour fatidique approche...

Et soudain, la fenêtre texte disparaît. Et, du bas gauche de l'écran jusqu'au haut droite, diagonale parfaite, une suite illogique de 6 666 66 7 apparaît.
Titane s'interroge. Ma, c'est quoi ce peuple des connecteurs ? C'est quoi cette magie ? Keski me fait ce petit. Holala. J'y comprends rien à leurs ordinos, moi. Je sais même pas comment ça s'éteint.

- Freeeeed. C'est toi ? Viens éteindre ta machine ! Freeeeeeeeeeeed ! Freeeeeeeeeeed ! Tu arrives quand je t'appelle, oui ??? !!!
- Oh mémé. Oh Titane. Mémé. Titane. Oh mémé. Marina.
- Quoi, Marina ?
- Elle est mooooooooooorte.
Et là. Fred s'effondre dans les bras de sa grand-mère.

Un peu de méthode, bon sang...

Au commissariat, toute l'équipe est enfin réunie. Steve répartit le travail :

- Zeck, tu vas tenter de retrouver Fred, le photographe. Ses clichés pourraient nous aider. Il a une grand-mère un peu allumée qui pourra peut-être te rencarder sur lui. Je ne sais pas où elle habite, mais Marina la connaissait, elle devait venir avec elle faire une déposition car la mémée s'est fait agressée hier chez elle.

- Géraldine, tu va écouter le compte-rendu du nouveau légiste Jean Taylle sur l'autopsie de Sandra. Il m'a dit avoir trouvé sous son cuir chevelu quelque chose de bizarre. Et passes le voir, s'il est en état de te donner des détails. Il faudrait aussi qu'il étudie de près les autres corps. Le bras mutilé de Marlène sur les photos de l'IJ me laissent à penser qu'on lui a arraché quelque chose du bras. Vérifie tous les bras de Blogville s'il le faut, en commençant par ceux de la morgue.

- Hugguy, tu continues sur l'enquête à propos de Marlène, je veux tout savoir sur elle, son nom, ses fréquentations, sa famille, ses habitudes... Et tu t'occupes aussi d'accueillir la soeur de Marina, cette détective qui va nous faire chi....

- Quant à moi, je vais aller faire un tour chez ce docteur Poutchinkow ...

Chapitre 6 - Samedi, J-1
Marlène ressuscitée !!

Marlène cligne des yeux faiblement. La lumière forte des néons l'indispose. Elle se sent comme dans du coton.
Et cette douleur, là, au bras... Elle réussit à soulever les paupières... Elle est dans une chambre toute blanche, une perfusion plantée dans le bras gauche tandis qu'un énorme pansement rougit par le sang lui entoure le bras droit. Que s'est-il passé ? Elle est tellement engourdie, et blonde en plus... La porte s'ouvre, un médecin en blouse verte entre, suivi par une petite infirmière qui trotte derrière lui . Il n'a pas l'air commode ! Et sa tête ne lui pas inconnue...

- Ah, vous êtes réveillée ! Bien ! Je suis le docteur Poutchinkow, vous me reconnaissez ?

Ca y est, tout lui revient en mémoire, comme un journal sans fin sur France Info.
... La promesse d'un avenir radieux pour elle et son frère si elle faisait bien tout ce que le docteur Poutchinkow lui disait de faire... L'opération, la première, avec cette puce qu'elle s'est laissé implantée. Les conférences qu'elle a du assurer un peu partout pour promouvoir la "nouvelle communication"... Cette séance aussi de lavage de cerveau censée lui rafraîchir la mémoire... Et puis, comme dans une seconde vie, Steve ce flic ringard mais attendrissant, Smirnoff l'ami d'Ivan, son frère, dans la cabane, Sam Isover son amant, le maigrichon et son message glissé dans son décolleté généreux...
... Et l'opération, la première, avec cette puce... Les conférences qu'elle a du... STOP !

Elle voudrait pouvoir se boucher les oreilles, retourner des années en arrière quand elle était une enfant sage, être n'importe où, n'importe qui, mais pas cette Marlène, qui a fait de sa vie un gâchis...

Kalinka en mission

En bas de l'appart', Kalinka Varit sort son portable, compose le numéro du fixe de Jeff. Pas de réponse." Ok" se dit-elle, il est bien parti à Smarrtville. Elle grimpe au 4eme, sort la clef qu'il lui avait gentiment laissée, rentre dans la cuisine, puis dans la pièce bourrée d'ordinateurs. Elle compose un numéro de téléphone :
"Je cherche quoi?".
- Un enregistrement d'une conversation avec le maire sûrement sur un des ordis et des plans, répond sèchement une voix grave.
Cette mission lui déplaisait. Elle avait alpalgué Jeff sur ordre et sous la menace. Ordimac lui avait promis un paquet d'argent. "Assez pour mon opération", avait-elle pensé.
Les plans, elle n'a pas de mal à les trouver. Ils sont étalés sur le bureau. Pour l'enregistrement, celas'avère plus difficile. Heureusement, elle a vécu et grandi dans l'univers technologique du peuple des connecteurs. Les ordinateurs n'ont aucun secret pour elle. Bientôt, se dit-elle, je serais vraiment une autre...
Le soufflement des ventilateurs des ordi couvre un léger cliquetis. Quelqu'un s'avance dans son dos...

Ordimac passe à l'action

Dans le sous-sol de l'aéroport, Ordimac passe ses troupes de goldenboys de l'informatique en revue. Il est tellement grand que son costume paraît petit. "C'est parti" dit-il d'une voix grave. "Nous sommes maîtres des toutes les communications dans un rayon de cent kilomètres. Nous avons accès à tous les ordinateurs, à tous les relais de téléphonie et hertzien ainsi qu'aux radars de la tour de contrôle... Dans un quart d'heure nous allons diffuser notre premier message".

A la recherche de Titane

Zeck a quelques difficultés à loger Titane. Elle vit dans un quartier populaire du centre de Blogville. Mais à force d'insister : ça finit par payer. En allant acheter une énième boîte de cachous au bar-tabac-PMu qui fait angle entre la rue Dujardin et le square Montpavé, il tombe enfin sur un tôlier un peu moins méfiant envers les flics que ses prédécesseurs.
- Pour sûr que j'la connais vot' Dame. Un phénomène. Même qu'elle se fait appeler Titane.
Ca, il ne le sait que trop, Zeck. Allez, accouche, pense-t-il tout haut.
- Ce que je veux savoir, c'est où elle crèche.
- Au n° 6666 bis de l'impasse Gagarine, vous verrez, juste après la boucherie chevaline; là où qu'y'a une enseigne avec une étoile à 7 branches.
Bingo ! Zeck remercie le patron rougeaud et file aussitôt en direction de l'adresse indiquée. En pénétrant dans le hall de l'immeuble, il tombe nez à nez sur le pt'it Fred.

Quand Fred se décide à coopérer

- Tiens donc, ça pour une coïncidence, c'est une coïncidence. Et où tu comptais donc aller de ce pas, mon gars ?
Fred n'esquisse pas le moindre geste de fuite. Il sait qu'il est recherché. Tenter de semer une nouvelle fois les flics ne lui apporterait que de gros ennuis. Il en est convaincu. Mieux vaut donc pour l'instant faire profil bas. Il sera toujours temps d'improviser plus tard.
- Eh ben, nulle part. J'allais justement voir le lieutenant. J'ai bien réfléchi. J'ai décidé de coopérer.
- Tiens, donc ? Et c'était pour lui dire quoi à Steve ?
- Euhheuuu, que euheu, que je crois que j'ai été témoin d'un meurtre...

Arrivée du vol 666...

Il est 7 h du matin. Une jeune femme sort de l'aéroport en traînant une valise. C'est une jolie rousse aux cheveux mi-longs, à l'allure sportive. Elle cache son regard derrière des lunettes teintées.
- Taxi ! 6666 bis de l'impasse Gagarine, s'il vous plait
- C'est parti, ma petite dame ! Heureusement que vous arrivez aujourd'hui, parce qu'hier, c'était un brave bazar avec cette histoire de CPE. Vous croyez qu'il va craquer le ministre ?
- Hum, sais pas.
Lena n'a pas envie de parler, elle se rencogne à l'arrière du taxi et se perd dans ses pensées. Depuis le coup de fil de Julien, elle a l'impression de vivre un cauchemar ! Marina, sa soeur complice, celle avec qui elle a partagé tant de fou-rire, morte ! Au téléphone, Julien était effondré et pouvait à peine parler ; il ne lui a presque rien dit, mais elle a un horrible pressentiment. Il y a quelques jours, elle a reçu un recommandé de Marina. Sa soeur lui racontait une histoire invraisemblable de puces implantées et lui disait qu'elle se sentait en danger. Elle avait joint à sa lettre un petit sachet en plastique, contenant une poudre jaune à forte odeur de safran. Marina lui faisait part de ses doutes à ce sujet et se demandait si une substance n'y avait pas été ajoutée. Elle pensait que le safran était juste là pour masquer autre chose.
-On est arrivé ma p'tite dame !
Lena paie le taxi, traverse la rue et va sonner chez Julien.

Triste retrouvaille

Elle entend quelqu'un se mouvoir lourdement derrière la porte. Puis plus rien. Elle ressonne.
- Entre, c'est ouvert ! Julien, la tête dans les épaules vient de s'asseoir devant son écran.
C'est toujours ouvert. Ca sera toujours ouvert.
Il a bu. De temps en temps, il ouvre la bouche comme pour sortir de l'apnée.
Léna pense qu'il est sûrement en danger, donc qu'il doit fermer sa porte.
Julien lève la main droite et salue sa belle soeur :
- Salut Lena. Désolé.
Il s'enfonce dans son fauteuil, les yeux rivés sur l'écran, en veille. Il est incapable de soutenir le regard de Lena.
- Je ne sais pas... Je.. je... je ne comprends pas. Pourquoi. Je ne comprends pas. Il soupire, fort.
Lena pince les lèvres et interdit à son corps de bouger. Elle veut maîtriser ses émotions. Ne rien montrer. Ne pas dire.

La contre révolution en marche

Puis tous deux se regardent et ne peuvent plus contenir leurs sanglots.
L'écran s'allume. Et s'éteint.
La clarté stoppe leurs pleurs. Lena et Julien sont synchrones. Regardent l'écran qui reste noir. Et sont surpris par une voix qui sort de l'ordinateur : 25 ventose, an 666 6667 Prince Monseigneur coupera nouvelle connectique, et nous serons les rois de la CONTRE RÉVOLUTION (dit en criant).
Les poils des bras de Lena se dressent immédiatement. Un frisson la parcourt. Julien semble loin, perdu au fond des ses souvenirs. Absent.

La voix continue. Le ton devient presque sourd, comme une confidence.
- Nous lutterons contre ces pratiques idéologiques de partage gratuit du savoir. Nous abolirons les structures communautaires d'échange. NOUS COMMANDERONS LE MONDE PAR LA NTCS...
Lena est glacée. Elle regard Julien qui soubresaute. Lui pose la main sur l'épaule. Julien ouvre et ferme la bouche comme un poisson (d'avril) et émet un faible son, mutilé.
- FRe..
- Quoi, demande Lena
- Fre
- Qui ? demande Lena
- Fred. Va. A côté. Il habite. Le chercher.

Lena se précipite chez Fred, sonne. La porte s'ouvre sur une vieille femme au visage très marqué.
- Qu'est-ce qu'vous voulez ?
- Il faut que je vois Fred tout de suite, c'est important !
- L'est pas là, j'crois qu'il est partit voir l'inspecteur. Mais qu'est-ce qui s'passe à la fin ? Et vous êtes qui, vous ?
- Je suis Lena, la soeur de Marina.
- Ah, la gentille Marina, pas fière c'te gamine, un bon p'tit couple tous les deux... Ces derniers temps, ils étaient bizarres, v'naient toujours voir Fred pour son ordi. Mais qu'est-ce qui s'passe à la fin ?
- Merci, je vais aller au commissariat essayer de trouver Fred, s'il arrive entre temps, dites lui, s'il vous plaît, de venir chez Julien, dites-lui bien que c'est très important.

Quand Steve n'est pas vraiment ce lui que l'on croit

Julien est toujours prostré chez lui, lorque soudain son téléphone sonne.
- Bonjour Julien, c'est Kalinka. Tu ne me connais pas mais j'ai des infos qui vont t'intéresser. Je prends le train en marche. C'est pas pour ramener ma fraise et mon grain de sel, mais j'ai très bien connu Steve avant qu'il ne participe en tant que vedette à toute cette histoire. Lieutenant de police, je pouffe... J'ai quant à moi le souvenir d'un bellâtre jouant comme un pied le rôle du prince de la Mars de Cinq-Barre face à Violetina la princesse des Anses qui était folle amoureuse de lui, au propre comme au figuré. C'était dans la fameuse série : "le temps des mets." Je sens que je suis un peu à côté de la plaque, mais je n'habite pas non plus la porte à côté ! Ceci dit méfiance et longueur de temps ! Steve, que j'appelais par un surnom que je tairai ici, cache son jeu... c'est pourtant vrai que son jean's est moulant...
Kalinka raccroche. Julien, déjà pas très vif au vu des circonstances, est encore plus interloqué. C'est qui, celle là ?

Un tour du monde qui vire au cauchemar

De retour en trombe chez Julien, Lena le secoue un peu.
- Allez viens vite, il faut qu'on aille voir Steve, Fred est avec lui.
- La fille, au téléphone... elle m'a parlé de Steve...
- Quoi ?
- Elle a dit que Steve n'était pas Steve !
- Ca va pas mieux toi, hein ? Allez, magne toi, on y va,où as-tu mis les clefs de ta bagnole ?
Lena récupère les clefs, attrape Julien par le bras, le traîne jusqu'à la voiture et s'installe au volant.
- Tu m'indiqueras où est le commissariat ? En attendant, expliques moi cette histoire de puce. Pourquoi Marina a-t-elle fait ça ?
- On voulait faire un beau voyage... le tour du monde, il nous fallait de l'argent... Maintenant tout est fini...
Une pensée traverse soudain l'esprit de Lena !
- Julien, dis moi, est-ce que toi aussi, tu t'es fait implanter une puce ?
Silence de Julien qui pleure, la tête entre ses mains.
- Repond-moi, Julien ! Bon sang, tu te rends compte de la situation !
Mais Julien reste muet et continue à hoqueter doucement pendant que les larmes coulent le long de ses joues...

Kalinka ne veut plus mentir !

Kalinka, en se retournant, aperçoit Jeff. Il est complètement trempé. Sa veste de cuir noir dégouline. Dehors, l'orage gronde.
- Que fais-tu là? interroge Kalinka, avec des trémolos dans la voix.
- C'est à cause du CPD, c'est la grève genérale et mon avion a été annulé, soupire Jeff en s'essuyant le front avec une serviette.
- Jeff, il faut que je te parle...
- Oui...
- Je travaille pour Macordi... il m'a chargé de te surveiller... Il pense que tu as les documents qu'ils recherchent...
- C'est quoi ce délire ?
Les documents, il va les avoir... mais pas pour lui tout seul, et il se dirige vers un de ses ordinateurs, affiche une fenêtre. "Interview de Sam Isover" apparaît sur l'écran.
Il lève sa main, et de l'index, appuie sur Play.
- Voilà c'est parti ! dit-il en ricanant. Mais maintenant tu vas me dire où il est ton Macordi.
- Dans le sous-sol de l'aéroport... mais il va me tuer si je ne lui rapporte pas les documents.
- Tiens, prends les... On y va ensemble.

Là où on commence à comprendre...

Il tire Kalinka par la main et l'entraîne dans l'escalier. Dans la rue, des milliers de manifestants continuent de défiler. Impossible d'aller à l'aéroport en voiture. Il se dirige dans la cour et revient avec un scooter tout vert et deux casques. Il ouvre une sacoche du scooter et en sort un révolver Magnum qu'il dissimule dans son dos.
- Ah, ils ont voulu m'avoir, tes copains... on va s'expliquer.
Jeff sort son portable, compose un numéro.
- Ivan c'est moi... tu es où ? Ok... on se retrouve à l'aéroport dans 20 minutes.. Je te préviens, ils ont voulu nous doubler. Je sais aussi qui est à l'origine des meurtres. Fais gaffe à Steve, j'ai tout balancé sur mon blog. Ca va remuer.

Le vent souffle sur Villenvrain

14h. Ivan est toujours coincé dans les embouteillages. L'autoradio distille le dernier tube à la mode: "Souffle le vent..." quand soudain la musique s'arrête. Villenvrain vient de donner sa démission, annonce le présentateur vedette de Skyville. Ivan demande au taxi de l'arrêter. "Ca yest, Macordi et sa clique vont passer à l'action" pense-t-il. Sur le trottoir, il aperçoit un jeune en train de bichonner sa moto de trial.
- 100 € pour toi, si tu m'amènes à l'aéroport.
- 200, réplique le jeune au look rasta.
- OK, dit Ivan en sortant des billets de 50 € de sa poche revolver.
De trottoirs en places publiques, la moto n'a aucun mal à slalomer dans le cortège qui s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Dix minutes suffisent pour arriver à l'aéroport. Ivan adresse un tape amicale à son coursier improvisé, puis file en courant vers le hall. Il est désert.

Des politiques avides de pouvoir...

En attendant Jeff, il se plonge dans une large banquette, aussi confortable que celle du Negresco ! Comme pour se rassurer, il passe sa main dans son dos pour sentir son 44 Magnum, le même qu'utilisait Clint Eastwood dans les films de l'Inspecteur Harry.
Pour la première fois, il a la trouille ! Avec Jeff, ils ont sous estimé Macordi et ses connecteurs. Au départ, ils pensaient qu'ils étaient intéressés par le nouveau brevet sur le béton et les puces permettant de nouveaux sytèmes de communications. Ils se sont lourdement trompés. Macordi ne vise, à travers cette invention, qu'une chose : régner sur Blogville et le monde. Ivan est en train de prendre conscience que Macordi et sa clique ne sont que des politiques avides de pouvoir et que l'argent qu'on lui a promis, il n'est plus sûr du tout de pouvoir le toucher un jour !
Il en est là de ses réflexions quand il voit arriver le lieutenant Steve. Il n'est pas seul. Des jeunes, genre étudiants, l'accompagne.
- Mais où est passé Jeff ? se répète-t-il tout bas.
Il compose son numéro sur son portable: "Je suis momentanément absent... laissez un message..."
Pendant ce temps, Steve et sa bande se dirige vers les ascenseurs.

Le charme du dentier, ça marche !

- Oh, bonne mère... J'ai la tête qui tourne encore, mais c'est pour mieux te regarder. C'est ça qui est bien dans la vieillesse. Le dentier ! Mais je suis contente de moi ! S'il a fait valser mes dents, lui, doit avoir du mal à repérer les violettes, à l'heure qu'il est ! A moins, au contraire, qu'il les compte et recompte !
Non mais... venir chez moi ! M'avoir suivie !!! Mais quel est-il ce prétendant de misère ! Pour qui me prend-il ? Pour quelle femme légère ? A m'apporter des épices rares, dès l'aurore, au marché. Du safran de Rouergue, des orchidées. Alors, je t'le jure sur la tête du p'tit, sur toute sa vie, j'te jure sur la tête de Fred, que j'ai pas arrêté de lui dire de me laisser tranquille, tu me connais, j'ai pas cessé de lui dire non. Et tu sais quoi ? Pour lui, non, c'est ptêt ben qu'oui !!! Ma, c'est le monde à l'envers !!! Et voilà, que j'étais la femme de sa vie... que tout ça, à vouloir mettre les petits phrases dans les grandes. Une honte... Tu m'entends... Il me faisait avoir la honte, ce hontozor.

Des histoires de ploc, de blogue

- Ca prouve au combien tu es désirable ! Au moins, il ne se vantera pas, ce mastodonte... Hé hé. Mais tu es à moi, ma daurade, rien qu'à moi. D'ailleurs, il serait temps d'informer le petit de notre liaison, non ?
- Tu veux une tisane à glaçon ?
- Oui. Celle de 12 ans d'âge. Merci.
- Tu vois, mon Roberto, je me demande si cette affreusité de la petite qu'ils ont tuée, ces histoires de ploc, là, chai pas comment ils disent, ploc, blogue, et ben tu vois, je me demande si tout ça c'est pas lié.
- Il est où, Fred, là ?
- J'en sais rien. J'attends son app...
La sonnerie du téléphone, issue d'un temps révolu, inonde la salle à manger enfin ensoleillée : c'est Fred.
- C'était le petit, dit Titane, la tête déconfite. Il veut que j'aille le chercher à l'aéroport. Vite.

Jean Larouffle fait son poison d'avril !

Pendant ce temps, le Président Jean Larouffle déballe son discours à la TV pour essayer d'apaiser le peuple en colère contre le CPD de Vrillenvain: CHERES Electrices, CHERS Electriciens, ....
Le son est mauvais, comme lui et encore une fois il aurait mieux fait de la fermer. Mais qui le conseille ? Il porte encore les lunettes qu'il avait acheté en 1956 avec NANA Moustoukri (la deuxième paire gratuite, c'est la sienne !), il est fou Affleflou. Ca va chier dans les rues, à moins que...

Comment Marlène... ou le complexe d'Oedipe

C'est bon, je n'ai plus besoin de vous, dit Poutchikow à l'infirmière, qui part toujours trottinante.
- Je vous reconnais, je vous reconnais, dit doublement Marlène... Je veux partir d'ici.
- Oh ça, petite dame, ce n'est pas possible.
Le professeur poutchinkow a la graisse nauséabonde. Et Marlène a un mouvement de recul quand il s'approche près d'elle.
- Vous savez trop de choses...
- Trop de choses, trop de choses, je ne sais rien ! JE NE SAIS PAS OU JE SUIS ICI. Je sais que je ne m'appelle pas réellement Marlène. Ca, je le sais. Mais je ne sais plus quel est mon nom. Je sais qu'il ne fait pas beau depuis presque une semaine. Ca, je sais. Je sais que les escargots sortent avec la pluie et qu'ils sont hermaphrodites. Ca, je sais. Mais à part ça ?
- A part ça, c'est suffisant pour ne pas sortir mon petit.
- Mon petit, mon petit... Mon père m'appelait ainsi autrefois.
Marlène sent un puissant calme intérieur l'envahir. Une sorte de force mystique. Elle regarde le professeur en lui souriant, défait les draps qui la découvrent, pose le pied au sol qui bande le muscle de sa cuisse, fait rejoindre l'autre pied, prend son appel, et percute de sa tête, la tête du professeur, qui, surpris, tombe au sol après quelques moulinets de reprise d'équilibre.
Marlène, à califourchon écarté sur le thorax emblousé vert, étrangle le cou rouge et suintant.
- Mon petit, mon petit, c'est fini, t'as compris ? !

L'enquête avance à grands pas à la morgue.

Le légiste, Jean Taylle, s'est bien remis de son agression et a repris du service. Il confirme à Géraldine, la femme flic parachutée dans l'équipe de Steve depuis peu, ce qu'elle a entendu sur l'enregistrement de son rapport d'autopsie.
Il a trouvé un résidu, provenant sans doute d'un système électronique, sous le cuir chevelu de Marina. C'est pour cela qu'il a demandé à Steve de venir, avant de se faire agresser par un inconnu.

En repassant les corps des victimes de cette folle semaine au scalpel fin, à la demande de Géraldine, ils font de nouvelles découvertes ! Ils constatent ainsi que l'on a prélevé un bout d'avant-bras sur les corps de certaines victimes, de la taille d'une pièce de 2 € ; c'est le cas pour la première victime, le maître chanteur, ainsi que pour la jeune Sandra et Indi, le faux Harisson Ford, que les services de police avaient fini par retrouver dans leur fichier. Sorte de vigile de luxe, il a trempé dans le passé dans quelques affaires pas très claires. Lui aussi arbore cette plaie bizarre au bras.

Le corps de Patrick, par contre, ne présente que des traces de torture : ongles arrachés aux pieds et aux mains, multiples brûlures de cigarette sur tous le corps... Il a dû douiller, l'informaticien ! Sam Isover, le maire et sa secrétaire Nadine, ne présentent comme plaies qu'une grande encoche de couteau, qui ressemble à s'y méprendre à une abeille... Curieux !
Jean Taylle a aussi hérité de la dépouille du chat noir, Frech, celui qui s'est pris la balle destinée à Marina. La découpe en tranche ne donne rien. Rien à signaler de ce côté, c'est du travail propre !

Il ne reste plus que le bras arraché de Marina à observer. C'est sur ce bras, portant encore la montre en état de marche, qu'ils trouvent... une puce électronique... C'est sans doute là une clef de cette histoire.

Et un enlèvement, un !

Au carrefour de l'Olivier, Jeff arrête son scooter. Impossible de passer. Les manifestants sont en train d'ériger une barricade. "Le C-P-D ne pa-sse-ra pas". Une centaine de jeunes, le visage recouvert de cagoule, font face à une compagnie de CRS qui a pris position sur l'avenue. Jeff effectue un demi-tour et repart vers le centre en espérant éviter les manif'. Sur sa droite, déboule un gros 4X4 noir. Jeff freine et réussit à éviter le choc. Le 4X4 s'arrête à la hauteur de Jeff et de Kalinka. Quatre mastodontes pas vraiment sympas en descendent, empoignent Jeff et sa copine, poussés sans plus de ménagement dans la voiture tout-terrain. Jeff se retrouve ligoté, baillonné sur le siège arrière.
- Pratique la puce pour retrouver les gens qu'on aime, rigole Kalinka avant d'ajouter :
- On l'emmène où ?

Du sang, des flammes...

Dans le 4X4, qui avait pris la direction du Sud, l'autoradio distille toujours le même tube. Puis soudain, un Flash spécial d'info annonce d'une voix dynamique : "Villengrain a donné sa démission à 14 heures".
- Voilà une bonne nouvelle... Maintenant la voie est libre..., s'écrie Kalinka.

La voiture roule à vive allure. Jeff, ballotté dans chaque virage, pense à Ivan qui l'attend à l'aéroport et ne voit pas qui pourrait lui venir en aide. "Déjà, ils m'ont pas butté... mais bon", rumine-t-il quand il entend une énorme déflagration. Le 4X4 effectue une embardée et se retrouve sur le toit dans un infernal bruit de tôle qui racle le bitume. Des flammes sortent du moteur. La vitre de son côté a explosé. Sous le choc, ses liens se sont défaits. Il réussit à se glisser par la fenêtre. Avant de sortir, il jettte un regard à l'intérieur de l'habitacle. Du sang macule le visage des quatre mastodontes. Kalinka est affalée sur le tableau de bord. Elle ne bouge plus.
Une fois dehors, Jeff court se mettre à l'abri derrière un arbre. Juste à temps. Lla voiture explose. Autour de lui, des militants de Nord jettent des cocktails molotov. "C'est sûrement un engin incendiaire qui a touché la voiture", se dit-il.

- Vite, à l'aéroport !

Il plonge sa main dans la poche de sa veste, tachée de sang, pour attraper son portable. L'écran lui indique qu'il a raté deux appels. L'un est d'Ivan. L'autre provient d'un numéro inconnu.
Il rappelle le frère de Marlène. La sonnerie sonne dans le vide. Il n'y a même pas de message d'accueil. Mauvais présage.
Un taxi mauve passe à ce moment. Le chauffeur s'arrête. Jeff grimpe dans la guimbarde très années 60.
- Vite, à l'aéroport !
En fait ce n'est pas un taxi, les taxis ne sont pas mauves, c'est une voiture de chez Milka qui livre.
- Alors mon p'tit monsieur, t'as l'air chocolat !

Tout est possible, dans un aéroport...

Toujours lové au fond de son fauteuil, Ivan écoute d'une oreille distraite des bouts de conversations...
- Quelle heure est-il ? Diantre ! Victor, pouvez-vous retirer votre main de mon sac, s'il vous plaît ?
- Madame, je voulais vous aider.
- Quel grand coeur, Victor, et votre générosité n'a d'égal que ma richesse... me semble t-il.
Ivan n'entendit pas la suite. Steve s'approche avec Julien, Lena et Fred d'un comptoir d'enregistrement. Un petit groupe d'élèves, vraisemblablement en partance en classe verte, s'aglutine derrière eux.
- Mamaaannnnn, je veux ma mamaaaaaannnn !

Steve ne supporte pas les cris d'enfants et préfère s'éloigner ; cette histoire le rend nerveux ! Il prend un billet pour Smartville à un comptoir plus calme. Départ dans une demie-heure. Smartville... c'est là qu'il compte trouver le fameux docteur Poutchinkow. Fred avait fait une déposition qui lui permettait de mettre Poutchinchose sous les verrous. Julien et Lena, débarqués au commissariat peu de temps après son arrivée avec Fred, avaient aussi confirmé la thèse d'une sombre machination dans laquelle le docteur, à défaut d'être la tête pensante, était au moins un acteur de premier plan. Les jeunes avaient voulu l'accompagner à l'aéroport, mais il allait seul à Smartville. D'ailleurs, ils n'étaient pas du tout en état de faire un quelconque voyage...

Le martèlement des pas des soldats

Fred se planque derrière un cube d'assise, immense et translucide, de plastique rose fushia. Une oeuvre exposée dans l'aéroport pour rappeler aux voyageurs qu'ils furent des enfants, qu'il ne faut jamais l'oublier, et que même chez l'homme le côté féminin est visible.
Adossé contre un des côtés du cube, assis par terre, Fred ne se détend pas. Il se roule une cigarette, lentement, sans regarder le fin cylindre qu'il confectionne. De gauche à droite, en haut en bas, ses yeux ne cessent d'observer le hall. Un régiment d'une 15aine de soldats armés marche au pas. Le trouble que Fred ressent est issu du souvenir des histoires que sa grand-mère lui a racontées, à propos de la guerre et de la vie de sa jeunesse. Il se dit, du reste, qu'il est plus marqué par ces histoires que par toutes les horreurs d'attentats qu'il a pu voir à la télé. Il allume sa clope.

Julien au bord du gouffre

Julien est dans les toilettes de l'aéroport avec Lena.
- Non. Peux pas. Veux plus. Mourir. Laisse. Oui. Si tu veux. Non. Fatigué. Dormir. Laisse... Hein ? Blurp. Beleuuuuurp. Chui pas bieenn.
Et Julien se remet à pleurer. Lena est désemparée.
- Mais réagis, quoi ! Ca ne changera rien d'être dans cet état ! Tu me prends mon chagrin, d'abord ! Depuis combien de temps tu la connaissais, Marina ? Hein ? Moi je suis sa soeur !!! Te rends-tu compte de ça ? Sa soeur !
Lena attrappe Julien et lui met la tête dans les chiottes, elle tire la chasse. Curieusement, la fraicheur et l'odeur du canard WC parfum air marin ravivotte Julien !

30.03.2006

Pour lire le roman depuis le début

Du chapitre 1 au chapitre 4

Chapitre 1
Une petite ville si tranquille...


A Blogville, mars 2006...

L'atmosphère de la ville était devenue électrique. Tout le monde voyait la date annoncée approcher à grands pas et se demandait ce qui, finalement, allait arriver. Qu'est-ce qui avait pu déclencher cette menace ? Les journalistes avaient déjà investi le petit hôtel de Blogville, qui pour la première fois depuis bien longtemps, affichait complet.
Tout avait commencé une semaine plus tôt...

Lundi, J-7, dans le quartier étudiant



- Marina, viens voir, il se passe un truc bizarre.
Il est une heure du mat'. Julien, étudiant en arts plastiques, est encore vissé à son ordinateur, sur son blog leblogdejuju.midiblogs.com. Petit à petit, tous les commentaires s'effacent et font place à un message : "Cette semaine, chaque jour une vengeance... rendez-vous au grand soir et tremblez ". Julien n'a plus la main sur rien et ne peut que constater les dégâts sur son blog. Cette farce ne le fait pas rire...
Au petit matin, en prenant leur expresso au Café du Commerce, Marina et Julien se rendent compte que leurs voisins ont aussi eu des phénomènes étranges sur leurs ordianteurs.
La "farce" ne fait que commencer... A midi, la police de Blogville découvre un premier corps dans un terrain vague.

Un corps sous la pluie

Il fait froid ce lundi. La pluie cingle en aiguilles glacées. Le visage de l'homme de taille moyenne baigne dans une flaque. Pas de vêtement chaud ; juste un pull bleu marine et un jean, souillés de boue, pieds nus. Aucune trace autour du corps...
Derrière un tas de terre, les enquêteurs dela Crim' découvrent un ordinateur portable cassé, les touches zébrées de rouge. Du sang ? De la peinture ? Ils appellent en renfort la brigade informatique, le SEFTI. Ils sauront peut-être en tirer quelques indices... Steve, le patron du SEFTI, arrive rapidement.

La pluie redouble de violence. Il s'avance en se protégeant des rafales sous un immense parapluie rayé de rouge et blanc et récupère l'ordinateur. Un peu plus loin, une feuille blanche format A4, scotchée sur le tronc d'un orme à l'agonie, attire son attention. Il s'approche. Il arrache la feuille de papier détrempée. L'encre a dégouliné, mais on peut encore lire cette phrase : "Tremblez : nous sommes à J moins 7". L'eau a effacé ce qui devait être une signature.


En avant le 7 !

Steve se rend au bar du coin pour se réchauffer, il commande un café et un croque-monsieur. Rapidement, une magnifique créature à forte poitrine attire son attention. En effet - le hasard peut-être - mais sur son tee-shirt moulant est écrit le chiffre 7 !

Instinctivement, cela fait tilt chez ce flic spécialiste du clavier numérique et amateur de flippeurs dans sa jeunesse. Les indices sont cousus de fils blancs. Serait-ce à dire que la blonde créature à forte poitrine est mêlée à tout cela ? A moins que l'un des commanditaires du crime ne soit originaire de Seete ? Dans les gazettes locales, les journaleux du coin avaient parlé de blogs ; de Seete ; de lecteurs ; d'internautes ; bref, il fallait peut-être creuser par-là.

La maigrichon entre en scène...

L'enquête s'annonçait longue, ardue et difficile. "Mais n'était-ce pas pour cela que je suis payé ?", songe à voix haute Steve en tirant une dernière bouffée d'un cigarillo bon marché...
Perdu dans ses pensées, Steve ne remarque pas un petit homme maigre qui, discrètement, se faufile derrière la blonde créature en glissant à celle-ci un papier. Lorsque le regard de Steve se repose sur Marlène, car tel était le prénom de cette fille, le maigrichon avait filé.
Steve, la langue brûlée par le café, la chemise maculée, repose sa tasse, les yeux rivés sur le 7 rouge, largement étiré sur le top blanc. La tasse en équilibre glisse et explose sur le sol, souillant le bas du comptoir, chaussures et pantalon et ...
- "Oh Ma-mademoiselle, excu... cu... sez-moi, je sui con-confus... Je... je vous vous prie de m'excu cu..."

La blonde qui n'a pas froid aux yeux

Les longues jambes tachées de la rousseur du café s'approchent de lui. Originaire de Bulgarie, Marlène est officiellement venue à Blogville pour terminer un master en sciences de la communication. En jetant un regard de professionnel en direction de son décolleté, Steve sut alors qu'elle serait forcément en mesure d'éclairer sa lanterne sur cette foutue enquête qui - déjà ! - commençait à lui provoquer de sacrées crampes d'estomac.
Décidée à refaire sa vie professionnelle, Marlène n'a pas froid aux yeux. Elle avance dans la vie avec l'aisance et le maintien des danseuses, de qui, du reste, elle a appris à garder les petits papiers, glissés dans le creux soutenu de la gorge.

Steve, justicier au grand coeur

Steve avale sa salive nicotinée. Il lui propose, après s'être excusé de sa maladresse, de la conduire chez lui le temps de réparer les dégâts causés par le café. Sans plus de manière, Marlène accepte. Steve se lève de suite, paie sa note et enfile son imper beige. Il faut bien le dire, avec son sweat uni blanc passé sur une chemise, son jean moulant et ses bottes pointues recousues de gros points blancs et marquetées de cuirs différents, il fait plutôt ringard. Un curieux mélange de l'inspecteur Colombo et de Starky et Hutch... ses séries cultes dont il a l'âge mûr.


Ils sortent du café. La pluie redouble de violence, Steve ouvre son parapluie. Marlène se presse contre lui. Sa voiture, une BMW série 3, gris métallisé, est garée sur une place entourée de platanes. Ils se mettent à courir comme pour se protéger de l'averse. Steve actionne sa clef. Les phares se mettent à clignoter. Il ouvre la portière et Marlène se précipite à l'intérieur. Elle le regarde se glisser dans l'habitacle et actionner le bouton de l'autoradio. La musique, du jazz tzigane, n'arrive pas à couvrir le martèlement de la pluie sur la carosserie. Quand Steve démarre, la voiture soulève une gerbe d'eau et Marlène esquisse un sourire. Elle pense avoir rempli la moitié de sa mission...

Chapitre 2
La vengeance continue !

J-6, chez Julien et Marina

La pluie a fini par se calmer au lever du jour. Il est 7 h en ce mardi matin, le réveil sonne chez Julien et Marina. Tous deux ont passé une mauvaise nuit avec toutes ces histoires ; le réveil est plus que difficile ! En passant devant l'ordinateur, Marina l'allume et file à la salle de bain. Julien a son tour s'arrache avec regret de son lit et se connecte sur son blog. Une vingtaine de commentaires se sont accumulés pendant la nuit ; il commence à les consulter quand soudain... le même message qu'hier apparaît : "Cette semaine, chaque jour une vengeance... rendez-vous au grand soir et tremblez ". Et de nouveau, Julien ne pilote plus son ordinateur.

Le 6 66 666

- Marina viens voir ça recommence !
Le son des petits pas rapides de sa compagne se rapprochent. Julien, encore sous le coup de la surprise, n'ose faire aucun geste.
- Pourquoi tu cries comme ça ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Les commentaires... ah non !!! Non !!! C'est pas vrai !
- Quoi, les commentaires ?
- Les commentaires du blog, là ! Ils avaient disparu... Ils sont réapparus !

Et tous deux restent interloqués. Sur le 34 pouces écran plat, la flèche de la souris commence à se déplacer vers la barre de menu, puis redescend et se met à tourner en cercles concentriques : du bas gauche au haut droite de l'écran, en diagonale parfaite, s'inscrit une série de 6 66 666 illogique. Pas si sûr...

Bonjour, vous êtes bien chez Patrick...

- Je ne comprends pas, s'écrie une nouvelle fois Julien.
- Téléphones à Patrick, ce fou d'informatique, lui, il nous expliquera ce phénomène !
Julien suit le conseil de Marina et compose le numéro de Patrick. Le répondeur se déclenche : "Bonjour, vous êtes bien chez Patrick, laissez-moi un message, je vous rappelerai dès mon retour". En lui-même, Julien se dit que son copain si extraverti, si dingue, toujours à l'affût des nouveautés, n'est guère original dans son message. C'est bizarre qu'il ne soit pas là, il n'est pourtant pas déjà parti au boulot !
- Marina, je file chez Patrick, il m'a dit que ces derniers temps, il avait l'impression d'être surveillé.
- Ok, vas-y mon coeur, et tiens moi au courant !

Secret défense !

Patrick habite à l'autre bout de Blogville. Julien hésite : voiture ou VTT ? Un regard vers le ciel, couleur d'encre, lui suffit pour se décider. Ce sera la voiture. Etrangement, la ville est déserte. Bizarrement, au carrefour, tous les feux clignotent à l'orange. Julien accélère.
Son portable sonne. Il fouille sa poche. Se prend les doigts dans la doublure décousue. Peste. Râle. Juronne.

Et sort enfin le boîtier... silencieux. Pas de message. Poussé par une hâte confuse, Julien se met à courir et enfile 4 à 4 les marches des escaliers de l'immeuble de Patrick.

En arrivant sur le palier du 3ème, il aperçoit le maire de Blogville, un homme à la forte corpulence. Il discute avec un étrange personnage vêtu d'un chapeau à la Indiana Jones et d'un manteau de cuir. "Pourquoi sont-ils là ? Que peuvent-ils se raconter ?" s'interroge Julien.


Le faux Harisson Ford stoppe net Julien.
- Monsieur, personne ne rentre dans cet appartement, secret défense !
La porte entrouverte permet à Julien de voir l'inimaginable... Là, étendu dans le vestibule, gît son ami. Il semble dormir, pas de trace de sang. Pourtant, voyant s'agiter les policiers gantés, habillés d'une blouse blanche, Julien a compris ! Une boule remonte dans sa gorge, il a envie de pleurer, il se sent si démuni !

Julien refuse... il ne regarde plus... il veut saisir la première personne qui passe pour la secouer et lui crier sa haine et son désespoir ! Julien refuse, submergé par l'amitié et la souffrance. Son double se manifeste. Son double irraisonnable le pousse à rigoler. A lui faire croire à un mauvais scénario qui n'inspire que le mépris. Rire jaune. Un peu supérieur.

Il faut qu'il sache pourquoi son ami est mort. Il remonte les escaliers quatre à quatre, échappe à la vigilance d'un premier gardien de la paix. Son coeur bat fort. Un regard vers le vestibule. Julien s'aperçoit alors que son ami informaticien n'a pas succombé à un virus... Non, on peut distinguer des traces de tortures sur tout son corps. Mais que lui voulait-on ?

La prochaine victime sera...

Il se glisse dans le salon design, éclairé par des spots qui diffusent une lumière argentée. Dans le bureau, envahit par des montagnes de vieux livres, les inspecteurs sont penchés sur l'écran 22 pouces de l'ordinateur. Il tend le cou et aperçoit le visage d'une jeune femme blonde.
- C'est la prochaine victime..., soupire un des lieutenants.
- Il faut la retrouver avant ce salaud !

Il semble à Julien qu'il connait ce visage... Mais où, où a-t-il déjà vu cette femme ?

En se glissant hors de l'appartement, il regarde une dernière fois son ami, revêtu maintenant d'un plaid qui le cache aux regards de tous ces hommes qui violent son espace si intime. Son regard plonge vers cette porte toujours ouverte et il remarque un petit maigrichon au visage chafouin qui descend les escaliers, salue d'un air, qu'il trouve obséquieux, les policiers.

Le retour de la Blonde

Depuis qu'il a quitté l'appartement de Patrick, Julien erre sur les trottoirs brillants et mouillés de Blogville. Il traîne toute la journée au hasard des ruelles. De temps en temps, il shoote dans le bitume, histoire de calmer les indicibles soubresauts de sa noire incompréhension, en exhortant des cris sourds, sépulcraux. Collée à lui comme un spectre, une odeur âcre remonte au moindre de ses mouvements. Et Marina ? Comment lui annoncer ? Comment lui dire l'horrible... Ou comment ne pas lui faire savoir ! Marina. Si innocente. Si jeune. Marina sa compagne, si...
Et d'un coup : 300 images/secondes. Julien se souvient !!! La blonde !!! Il l'a vue...



Il y a un mois, peut être deux, il a assisté à une conférence avec Marina. C'est bien cette femme, bc-bg, il s'en souvient, qui a donné, à toute l'assemblée, un cours magistral sur l'art de la communication entre divers groupes. Il se souvient, elle avait un léger accent : d'un pays de l'Est peut-être ?

Ses réminiscences sont doubles. Ses souvenirs sont olfactifs et cérébraux. Sa pensée, comme une donnée informatique, passe entre les bus nord et sud du cortex de son microprocesseur cranien. Les images se rassemblent, telles un gros plan qui se rapprocherait avec une double focale KGBéienne, cette police militaire russe dont Julien ignore la réalité. Mais dont il a vu les films et lu les rocambolesques histoires des romans.
Et cette odeur. Cette odeur si caractéristique. L'odeur et l'image du plaid qui recouvre la tête de son ami...

Et elle.
La blonde magnifique ondule dans son esprit.
Elle accompagne un drôle de bonhomme en sweat blanc et bottes de show biz.

Enfin, l'enquête avance !

Julien lève les yeux et s'aperçoit qu'il est tout près du commissariat. La nuit est tombée, il ne s'est pas rendu compte de l'heure. 20 h sonnent au clocher de Blogville. Ce n'est pas dans ses habitudes, mais cette fois il se précipite à l'intérieur de l'Hôtel de Police et demande à rencontrer un lieutenant. C'est Steve qui le reçoit - le Starskuch chargé de l'enquête sur le cadavre du terrain vague. Il est l'OPJ - l'officier de police judiciaire - de permanence.
Julien lui raconte tout, la blonde à l'accent slave, le corps de son ami Patrick, les messages sur son ordinateur...

Flash-back au bar

Steve n'en revient pas ... la blonde, c'est Marlène ! Il était parti avec elle hier peu après 13h, et, comme un idiot, l'avait laissé seule "Chez Pierrot", le bistrot où il a ses habitudes. Juste avant d'arriver au 37 Quai des Joalliers, le siège de la SEFTI (souvenez-vous, la fameuse brigade spécialisée en informatique), il avait voulu vérifier 2-3 petites choses à propos de l'enquête de la victime du terrain vague.

Il avait alors commandé à son intention un double expresso et un paquet de Marlboro ; déposé sur ses épaules dénudées sa gabardine aux manches élimées chinée dans un Mark and Spencer de Liverpool ; gratifié de son sourire de chien battu, en bafouillant trois mots d'excuses et en promettant de revenir très vite. Là, maintenant, de suite, il devait filer au bureau. Interroger ses fichiers. Mais, promis, juré, il serait là dans un petit quart d'heure tout au plus.

A son retour, Marlène s'était évaporée, abandonnant l'imper de Steve sur la banquette.
Et maintenant, à cause de lui, c'est elle qui est en danger...

Dans le bar enfumé, Marlène s'était d'abord assise sur une banquette de skaï rouge. Après le départ de Steve, son portable, un Nokia tout noir, s'était mis à jouer "La lettre à Elise", sa musique préférée. Un numéro inconnu s'affichait sur l'écran. Elle avait prit l'appel. "Rendez-vous mercredi à minuit précise à la cabane près du canal... pour ce que vous savez...". Elle n'avait pas eu le temps de répondre. Son interlocuteur, un homme à la voix grave, avait raccroché. "Ce que vous savez..." se répétait-elle.

J'ai dit "viens t'asseoir dans la cabane du pêcheur"...

Elle s'était levée et avait quitté le bar. Elle avait toujours des tâches de café sur sa mini-jupe. Elle allait rentrer chez elle se changer. En passant devant un magasin de lingerie fine, l'envie lui avait prit de s'acheter quelques dessous coquins. Ce Steve, c'est sûr, avait quelques vues sur elle. Ce n'était pas sans lui déplaire. Quand toute cette histoire serait finie, peut-être... Elle s'était ensuite arrêtée à l'armurerie.

Le lendemain, la journée paraît longue à Marlène. Puis minuit approche... C'est l'heure du RV. Elle y va à pied. Le canal est tout proche maintenant. Elle serre son sac tout contre elle comme pour se rassurer et sentir le revolver, à la crosse nacrée, qu'elle avait acheté la veille. En bordure du canal, une péniche semble dormir dans les eaux noires. Il n'allait pas tarder à repleuvoir. Marlène s'arrête en apercevant au loin la cabane du pêcheur. Une lumière vascille derrière une fenêtre...

Elle avançe vers la lumière. Celle-ci l'attire, mais aussi l'inquiète. Pas d'autres lumières autour, que celles d'un pont dans le lointain. Tout près, elle aperçoit des cartons sales en vrac, des vêtements empilés ou était-ce quelqu'un de couché là ? : un SDF ? Elle sent une odeur nauséabonde, un rat bien gras s'enfuie à son approche... Non, rien de cela en fait. L'odeur vient du fait qu'elle a écrasé une merde de chien, un gros chien, genre berger belge.

Que Ju-lien ra-ppelle !

La rousse Marina a passé une journée infernale. Elle a tenté de joindre Julien, durant des heures, sans succès. Un sentiment négatif l'obsède. Une angoisse de délaissement la saisit. Vers 23 h, assise devant l'ordi, figée sur le blog de Julien, paralysée, elle se sent incapable de faire quoique ce soit et fixe le téléphone portable qu'elle tient dans sa main. Elle se concentre, invoque les petits anges et leur demande d'obliger Julien à téléphoner. Elle répète à voix haute, inlassablement, comme un chant boudhiste, que Ju-lien ra-ppelle, que Ju-lien ra-ppelle, que Ju-lien ra-ppelle, Ju..

Un mouvement d'image incontrôlé sur l'écran la tire de sa transe. En grosses lettres majuscules jaunes sur fond noir apparaît : LA CABANE DU PÊCHEUR- PRÈS DU PONT-MIDI- À MINUIT.
Marina sort à toute vitesse de l'appartement et court frapper à la porte de sa voisine.

Drôle de style, Ma'me Fouret !

Madame Fouret entrouvre la porte, de gros bigoudis enroulés sur ses cheveux rouges délavés, vêtue d'un peignoir rose - ou peut être blanc qui a changé de couleur au cours de lavages mal contrôlés - avec aux pieds ses charentaises d'un vert pisseux. De sa voix de vendeuse à la criée, elle interpelle Marina qui est un peu déconfite de voir sa voisine ainsi attifée !

- Oh là, p'tite, keski t'amène ??? Tu es toute pâle, t'as pas mangé ? Faut bien manger, hein ? C'est important de bien manger.

- Madam..

- Et appelle-moi Titane, j'te l'ai déjà dit, t'as l'âge de mon p'tit fils.

- C'est justement, enfin, est-ce que je peux aller sur l'ordinateur de Fred ?


chapitre 3
J-5 : pour sauver Marlene tapez 1 - pour la faire disparaître tapez 2

Marina allume l'I-Mac flambant neuf de Fred. Il faut bien reconnaître que, s'il a une drôle de grand-mère, il est un petit-fils très gâté ! Elle se connecte sur www.leblogdejuju.midiblogs.com et... la note qui apparaît la laisse sans voix ! "Pour sauver Marlene, tapez 1... pour la faire disparaître, tapez 2 !". Ce type est un malade, pense-t-elle, il joue avec nous. Qui est cette Marlène ? Que faire ? Et où est Julien ?
Il est déjà presque minuit. J-5 se rapproche, se dit Marina, désespérée.

Elle se met à pleurer. De gros sanglots irrépressibles l'envahissent. Des hoquets désordonnés la secouent, comme une enfant inconsolable.
Titane, désemparée, la prend dans ses bras,
- Bonne mère, fan des chichournes, mon petit... Ben alors, j'comprends pas. S'plique moi c'qui s'passe, bonne mère. Tu veux un petit porto ? Allez un petit porto de la famille, bien doux, bien bon, gouleyant à souhait et ouais je sais, ne me regarde pas comme ça, je parle trop, je sais, mais c'est quand je suis émue, que je parle comme ça...

Marina regarde sa voisine puis, soudain, l'embrasse et part en courant.

Pendant ce temps, au commissariat

Julien sort maintenant du commissariat avec Steve. Le lieutenant un peu ringard - Steve Starkuch qu'il s'appelle, c'est un nom ça ? - a eu l'air de le prendre pour un fou au départ. L'a écouté comme s'il se foutait complètement de son histoire. Il était là, face à lui, le regardant d'un air lointain, perdu dans ses pensées.
Julien était dans sa narration quand, d'un seul coup, le lieutenant s'est levé de son fauteuil et a voulu quitter la pièce. En enfilant son imper, Steve a mis machinalement les mains dans ses poches... et a retiré, étonné, un tout petit papier blanc bien plié et arrondi. On pouvait y lire... "Les heures filent, bientôt -3..."

Une odeur de safran

Moins trois ? L'auteur du message voulait-il dire qu'il allait tuer une 3ème personne ? Sans doute... Steve retourna le petit papier, s'il y avait eu une empreinte digitale, celle-ci serait inexploitable ! Quel papier bizarre, il ressemblait, à s'y méprendre, à un opercule que l'on trouve sur les flacons d'épices (ce qui fait office de couvercle, quoi!). Il émanait de celui-ci une odeur caractéristique de safran.

Steve avait décidé de faire analyser le papier à l'odeur safran par le bureau des expertises scientifiques. Il y connaissait un copain, ancien médecin légiste, qui saurait sans doute lui trouver là matière à lui donner du grain à moudre pour son enquête.
- On se tient au courant, glissa-t-il en direction de Julien. Si de votre côté vous apprenez quelque chose, vous savez où me contacter...
Julien lui fit comprendre d'un hochement de tête qu'il s'exécuterait. Mais il n'en avait évidemment aucunement l'intention.
- C'est ça, comptes-y toujours..., marmonna-t-il en tournant les talons, obsédé qu'il était à l'idée de retrouver Marina.
Mais diable, où est-elle passée ? Son téléphone ne répondait pas. Où peut-elle bien encore roder à une heure pareille ?...


Et Marlène dans tout ça...

La cabane du pêcheur est de l'autre côté du canal. Marlène traverse le Pont du Midi, elle regarde derrière elle. Il lui semble entendre des pas. La ruelle, éclairée par un réverbère jaune fluo, est déserte. Elle fouille nerveusement dans son sac et en retire ce qu'elle croyait être une banale barette mémoire d'ordinateur. C'est son frère aîné Ivan qui lui a fait parvenir cette plaque verte entourée de drôles de fils argentés. Elle l'a reçue dans une enveloppe postée de Russie. Elle n'avait pas vu Ivan depuis deux ans, date de son départ à Moscou. Ingénieur-marketing en informatique, il lui avait expliqué un jour qu'il travaillait sur la mise au point de puces électroniques destinées à améliorer la réception des téléphones portables. Son dernier message remontait à Noël dernier.
Juste une carte de la Place Rouge pour dire que tout était OK. Et puis, il y a eu cette dernière lettre et cette mystérieuse barette ; le tout accompagné de ce message : "Donne cette plaque à 6 66 666" Ivan.

Elle arrive devant la cabane. Malgré la nuit, elle distingue chaque rondin de bois. Intriguée par cette étrange lueur qui vacille dans l'encadrement de la fenêtre, elle retient son souffle, pousse la porte. Entend un rire. Elle s'avance encore. Dans la première pièce, le visage d'un homme dissimulé sous un chapeau à large bord, apparaît sur un écran plasma accroché sur un mur maculé de goudron. "Posez ce que vous savez sur la table derrière vous". La voix, à la fois grave et posée, vient de l'écran. Elle recule, se saisit de la carte et la pose sur la table encombrée de bouteilles de bière.

Marlène, prisonnière dans la cabane

La voix qui sort de l'écran, elle l'a déjà entendue. Elle en est sûre. Tandis qu'elle cherche dans sa mémoire, elle voit défiler sur l'écran des chiffres. Des 1 et des 2. Et puis, ce rire glacial. Elle saisit son revolver. Au même moment, une ombre surgit juste devant elle. Elle sent qu'on lui pose un tissu froid sur la bouche et perd connaissance. Elle se réveille dans une pièce éclairée par l'écran d'un ordinateur. Elle a du mal à garder les yeux ouverts et souffre d'un fort mal de crâne. En plus, elle a froid. Sur l'écran, les chiffres 1 et 2 continuent de danser . "Je pensais venir en aide à Ivan et maintenant me voilà prisonnière..." pense-telle en se précipitant sur la porte. Elle regarde autour d'elle : pas de fenêtres. Elle s'effondre sur un canapé recouvert d'un plaid écossais qui sent la poussière.

La tête dans les mains, elle essaye de se rémémorer où elle a pu entendre la voix grave et posée qui, tout à l'heure, sortait de l'écran. Elle a beau chercher, tout se mélange dans sa tête. Elle regarde autour d'elle. Les murs sont recouverts de lambris vernis sur lesquels les chiffres se reflétent.

Le compteur est en marche

Elle sursaute quand la même voix sort à nouveau de l'écran. 452... 1, 543... 2....453... 1, 543... 2...... c'est infernal. La voix inlassablement égrène les chiffres, quand un souvenir revient à sa mémoire.

Elle se rappelle que Sam Isover, le maire de Blogville, avait, il y a deux ans, proposé du travail à son frère. Ce boulot un peu fou l'avait à l'époque fait rigoler. Ancien informaticien reconverti dans la politique, Sam Isover, avait mis au point avec un industriel un béton révolutionnaire. Et, elle se rappelle cette phrase de son frère : "On va être riche".

Mais elle n'avait pas bien compris en quoi ce béton allait révolutionner le monde et leur apporter la fortune. Elle se rappelle simplement de cette phrase lancée par son aîné, dans un éclat de rire. "Plus besoin de radiateurs, ni de lignes de cuivre pour l'ADSL de ton ordinateur, et encore moins d'antennes télé...".
Et si c'était à cause de cette invention qu'Ivan avait disparu, pense-t-elle alors que les chiffres 1 et 2 continuent de défiler et que la voix poursuit sa monotone comptabilité...
C'était pire que la pub du 118 - 218 !

Sauvons Marlène !

Marina réfléchit, puis aussi soudainement qu'une grève à la RATP, une idée lui vient. Mais une catastrophe arrive, Frech, ce putain de chat noir, vient de mettre sa patte sur le clavier et d'appuyer sur la touche 2... Malheur ! Elle l'envoie balader brusquement et se connecte sur Internet.

Elle va chercher un logiciel qui lui permettra d'activer la touche 1 de façon continue sur son ordinateur. Elle le trouve assez facilement et le télécharge. Cela prends 2-3 minutes. Puis elle active le logiciel. Il fonctionne parfaitement ! Le compteur commence à pencher vers les "1". -633 pour le 1... 631 pour le 2 -

Soudain, son portable se met à vibrer. C'est Julien, enfin !
- Oh Julien, où est-tu, qu'est-ce qui se passe ?
- Marina, je suis heureux de t'entendre. Je sors du commissariat, Patrick est mort...
- Patrick, oh non... Ce n'est pas possible ! dit Marina
- Si malheureusement.
- Et maintenant, c'est une certaine Marlène qui est en danger. Enfin, je l'ai peut-être sauvée, je l'espère en tout cas.
- Tu as dit "Marlène" ? Tu te rappelles de cette conférencière qui nous avait parlé de la communication entre différents groupes ? C'est elle. D'après la police, c'est la prochaine victime... Ecoutes Marina, attends-moi, je rentre immédiatement. Il faut à tout prix que l'on réflechisse, il faut à tout prix arrêter cette folie meurtrière !

Une étrange puce d'Identité Théorique

Une sorte de bug "qu'elle crève" émerge dans la mémoire vive de Marina. Le souvenir de cette oratrice captivant les cerveaux masculins et notamment l'intérêt que lui portait Julien la glacent encore. Résistante aux théories qu'elle pensait oiseuses, Marina ne parvenait pas à s'intéresser à "La Nouvelle Communication". Celle-ci impliquait de s'implanter une puce dans le bras, puce d'Identité Théorique grâce à laquelle, par un système de portable (minuscule) dont elle n'avait pas saisi toutes les caractéristiques, il serait possible de converser avec n'importe qui, dans n'importe quel pays.

Cette nouvelle technologie médico-scientifique (NTMS), pour l'instant onéreuse, idéalisée par (cette blondasse) Marlène, avait laissé Marina perplexe. Et dans les pays pauvres ? Ils couperaient les bras des touristes pour pouvoir communiquer ? Marina pensait qu'il aurait mieux fallu imposer l'Esperanto qui, pour d'obscures raisons, reste à l'état expérimental ! Enfin, son esprit s'égarait !

Déjà 1846 pour le 1

Elle devrait plutôt se concentrer sur la situation actuelle. Comment arrêter cette "folie meurtrière", mots qu'avait employés Julien. Il faut contrer ce fou... peut-être pas si fou. Quel but veut-il atteindre? Où est le mobile de cette farce macabre ?
Quel hacker crée cet agent intelligent qui s'insinue dans tous les ordinos de Blogville inscrits au Café du Commerce Virtuel, puisque, a priori, la liste des victimes est déjà établie. Pourquoi ces suites de suite de nombres surgissent-elles ? Depuis combien de jour, déjà, cela a-t-il commencé, tout ce bordel ?
Oh ! Julien... Marina cache son visage de ses mains. Un pressentiment lugubre la saisit tandis que son logiciel continue à voter 1, pour tenter de sauver Marlène... Déjà 1846 pour le 1 - mais aussi 1233 pour le 2... Quelqu'un continue de voter contre Marlène... La nuit est finie... il est presque 10 h du mat, la porte s'ouvre.
- Julien ? C'est toi ?


Tôt le mercredi matin, au commissariat

- Steve, tes analyses ADN du corps du terrrain vague et l'analyse du papier !
- Merci ! Il a fait vite, pour une fois, le toubib ! Alors, voyons ça... Steve lit d'abord le résultat des analyses du papier retrouvé dans sa poche.

Le safran rouergat

Le résultat est surprenant. Il est irréfutable que le safran provient de France et non de pays exotiques, plus précisement de la région du Rouergue en Aveyron (>> + d'infos). Son ami toubib explique dans sa note que "les pigments du safran sont détectables par un spectre UV visible avec un maximum d'absorption à 440 nm. Cette méthode sert de mesure du pouvoir colorant du safran. En général, la teneur totale en pigment est de l'ordre de 25 % de safran sec, mais on trouve couramment dans le commerce des safrans d'importation avec seulement 6 % de pigments. Le résultat des analyses indiquent bien 25 % de safran sec et toutes les caractéristiques du safran de Rouergue."

Il ajoute aussi que "5 grammes de ce safran coûtent 92 €" : une petite folie ! Encore une énigme de plus, se dit Steve ! Quel rapport entre le safran, les ordinateurs et les cadavres ?

Mathieu Rapocco identifié grâce à son ADN

Il consulte ensuite l'analyse ADN de la victime du lundi, le mort retrouvé dans le terrain vague à côté de son ordinateur. "Mathieu Rapocco, condamné trois fois à des peines de prison pour chantage"... tiens, tiens... Faisait-il chanter celui qui l'avait tué ? Mais pourquoi cet ordinateur cassé à côté de lui ? Est-ce un message du tueur ? Un message comme celui qu'il envoie sur le blog de Julien ? Un jeu macabre comme lorsqu'il fait voter pour ou contre la survie de Marlène...
Et Marlène, la blonde Marlène, que devenait-elle ? S'il veut la revoir, il faut vraiment qu'il dénoue au plus vite cette énigme !

Noir c'est noir...

Pour l'instant, pense-t-il, le lien dans toute cette histoire, c'est le blog de Julien... Steve décide de passer voir le jeune étudiant pour examiner de plus près son ordinateur et lui poser quelques questions. Il enfile de nouveau son imper.
Il sort. Dehors, il se fait surprendre par une atmosphère particulière. Il fait sombre, presque noir. C'est le matin et pourtant, on se croirait le soir. Sensible aux changements, fin observateur, Steve a remarqué depuis quelques heures un noir surabondant. Les gens qu'il croise sont habillés en noir, son fond d'écran est devenu noir, et on vient de lui offrir du chocolat... noir ! Intuitif, il sent qu'un indice important va être trouvé dans le noir. La nuit !
Dans la rue, il tombe sur Julien, devant sa voiture. Hagard, il a passé toute la nuit à attendre, sans pouvoir bouger, victime de ce trop plein d'émotions. Steve lui dit :
- Allez, viens Julien, on va faire un tour chez toi !

Marlène réfléchit, si, si !

Marlène est sidérée. D'abord, cet écran plasma dans la cabane qui semblait déserte, plus que vétuste et inhabitée depuis longtemps. Donc, on me laisse y entrer, se dit-elle, convaincue d'avoir été suivie. On me laisse entrer, on me laisse écouter, et on me kidnappe, pour, de nouveau me placer devant un écran...

Marlène s'approche du clavier, commence à taper, en tournant la tête. Elle se sent observée. Vite. La bande passante doit être saturée. L'information n'arrive pas. Vite. Google. Béton. Cliquer.
"Clincker". Yes !
Non. Trop facile.
Puis pourquoi pas. Zut !
Clinker : mélange composé d'environ 80 % de calcaire et 20 % d'argile. Petites billes.

S'en est fini... ?

Elle sursaute effrayée. Une main vient de se poser sur son épaule. Elle gifle violemment l'arrivant à cause de l'apport démesuré d'adrénaline, lequel tombe à genoux et demande pitié, pitié avec un accent joué.

- Mais qu'est-ce que tu fous encore là ? demande Marlène, essoufflée par la force des battements de son coeur et son fou-rire montant, qui ne dura qu'un instant.
Marlène est tétanisée, elle se met à trembler, tout en se griffant le bras avec ses ongles, elle chute brusquement, son bras lacéré laisse entrevoir une puce électronique. S'en est fini de Marlène ? Elle gît sur le sol, un grésillement et quelques arcs électriques se dégagent de la puce encore incrustée dans son bras...

La rencontre chez Marina

- Non, petite demoiselle. Pas Julien. Police ! Steve Starskuch. Faudrait penser à fermer la porte d'entrée, par les temps qui courent.
- Mon dieu, il est arrivé quelque chose à Julien !
- Ouais. C'est grave.... Très très grave. C'est le mal du siècle : il n'arrive pas à se garer.
- Mais pour qui tu te prends Star-de-tes-couches-de-mes-deux, pour me faire peur à moi, chez moi ! Tu crois quoi avec ton blason tricolore, que tu as le sésame du j't'accueillerai-toujours-avec-plaisir-tellement-t'es-drôle ?
ET comment ça se fait qu'il EST AVEC TOI JULIEN ?
- Alors, petit demoiselle, déjà, tu vois, déjà, regarde bien ce qu'il y a là ? Là, oui, regarde bien. Là, tu vois, juste au-dessus de mes yeux qui te fixent, sinueuses ou droites ? Ce sont les rides de l'expérience, toutes les viscitudes de la vie sont incrustées ici. Le doute, la colère, les joies, les "incroyabilités". Tout. Et tu as vu ton front, à toi ?
Lisse.
Tout lisse.
Alors,
1/Tu me dis VOUS, Petite Demoiselle, OK ?
2/ Ton mec arrive.


Chapitre 4
Jeudi, J-4 - Effervescence à Bogville ...


Où il est question de Sam Isover...

Devant l'Hôtel de Ville, une dizaine de journalistes patientent adossés au car régie de TF55, la chaîne de télévision locale. Ils attendent une hypothétique conférence de presse du maire. Jeff se tient à l'écart du groupe. Il n'a pas de carte de presse ; c'est un simple blogueur. Mais son site, blogville.midiblogs.com, fait autant d'audience que toutes les télés régionales. Curieux, malin, diplomate... il se glisse partout et réussit à avoir les infos avant tout le monde. Le maire l'a déjà menacé. Depuis, il met encore plus d'ardeur à révéler les affaires dans lesquelles est impliqué Sam Isover.

Un de ses contacts à la mairie lui a confié qu'une importante réunion devait se tenir dans le bureau du maire vers 14 heures. Il avait alors profité de l'arrivée vers 5 heures du mat' du personnel de nettoyage pour se faufiler dans la mairie. Trouver le bureau du maire avait été un jeu d'enfant. Il avait crocheté la serrure et caché son magnétophone miniature derrière un horrible tableau du siècle dernier, juste en face de l'immense bureau du maire.
Il est 19 heures maintenant. Il n'a plus qu'à attendre 5 h du matin, et l'arrivée de l'équipe de nettoyage pour récupérer son magnéto.

Levée de banderoles à Blogville

Dans la cour de la mairie, le pavé se noircit. Des riverains arrivent, par dizaines. Puis des jeunes. Comme appelés de manière divine. Par dizaines serrées. Difficiles à compter. Des banderoles colorées commencent à se lever dans la nuit, éclairées de bougies. La foule entonne des chants partisans :
C'est Sam Isover
qui voudrait être au vert,
et se ca-cheu.
On va l'évincer
du château,
lui tirer
la moustacheu
OHÉ les élus
vont devoir rendre des comptes
et sorti-reu
sortir et nous dire
que tout va être plus simple
et sans cri-meu
si-non tu vas voir,
y aura comme une émeute des chomiè-reu(s)...



Mais qui est Jeff ?

Jeff n'écoute plus les paroles. Le car régie TF55 est bousculé. Toujours à l'écart du groupe de journaliste, Jeff se tourne vers la fenêtre du premier étage de la mairie, toujours éclairée par une lumière. Puis, il regarde sa Rollex. 19h30. Il n'a qu'une hâte : être au lendemain, récupérer son magnétophone, courir chez lui. Il s'installerait devant son Mac, monterait un podcast et le mettrait en ligne sur son blog. "Tout le monde saura", se répéte-t-il, persuadé que la conversation qui s'est déroulée en début d'après-midi dans le bureau du maire, va lui permettre de révéler une nouvelle malversation.

Verbiage, verbiage...

Il regarde une nouvelle fois sa montre en se dirigeant vers le snack, décoré comme un sapin de Noël, qui fait l'angle de la rue. En passant devant le bar, il prend un sandwich au jambon, commande un demi et s'asseoit à la seule table libre. Il commence à déplier la petite antenne de son portable pour consulter ses e-mail.

- Je peux m'asseoir... il n'y a pas d'autre place ?
La jeune-femme prend place juste en face de lui. Comme pour s'excuser, il referme son ordinateur
- Que tu es belle, Sandra. Alors ? demande-t-il en chuchotant, lui caressant les mains discrètement.
- Alors, alors... Ce n'est pas si simple, Jeff. Il y a eu un autre mort. Une femme. Mon âge. Ca m'a perturbée.
- On savait.
- On savait, on savait... Disons que pour le premier meurtre, c'était presque normal. Je n'imaginai pas, là, que la disparition de cette inconnue allait me provoquer un tel flot de questionnements. Je ne suis plus si sûre de vouloir continuer. Je suis partagée entre des convictions contradictoires.
- Verbiage.
- Verbiage, verbiage... Je voudrais t'y voir, merde !
- Chut.
- Chut, chut... Tu nous diriges et en fait tu nous baillonnes. J'étais d'accord pour me laisser manipuler par toi, quand la cause était juste. Je doute, maintenant.
- C'est récurrent. Tu es une femme.
- Une femme ? Une femme ? Je ne sais plus trop qui je suis depuis que je suis sortie de l'hôpital. Tu vois, avant mon accident, un homme m'aurait parlé comme tu viens de le faire, j'aurai bondi !
- Tu es ravissante.
- Ravissante, ravissante...


Une journée noire pour Steve

Durant ce même jeudi, Steve a pu assister en direct à l'arrivée d'un macabre message chez Marina et Julien. Marlène... La belle Marlène ! Il pense qu'il n'a pas été capable de la sauver... Le compteur s'est bloqué sur 5 555 pour le 2, beaucoup plus que pour le 1.
C'est Marina qui indique à Steve la cabane du pêcheur, signalé dans un précédent message. Steve depêche une équipe sur place, qui découvre sans surprise le corps inanimé de Marlène. Le photographe de l'IJ mitraille Marlène sous tous les angles. Il s'attarde sur son bras, écorché vif et entaillé d'une curieuse façon.

Steve se décide à aller sur place. Quand il arrive, son équipe n'est plus là... Le corps de Marlène non plus... Il ne reste sur place que les bandes interdisant l'accès aux personnes non autorisées et ... une flaque de sang... Il passe un coup de fil. C'est étrange : son équipe a été appelée sur une soi-disant urgence et a abandonné la cabane sans surveillance. Mais c'était un piège... Marlène, de nouveau, a disparue...

Un curieux docteur...

Peu de temps après, le portable de Steve sonne :
- Oh Chef ! On a trouvé un point commun entre les trois victimes ! Elles ont toutes passées entre un et six mois dans le service de chirurgie IV du Docteur Poutchinkow suite à un accident de la route ! Elles ont toutes été opérées par ce même docteur ! C'est peut être à creuser, non ?
- Poutchinkow : c'est pas celui qui est passé aux infos il y a quelques jours ? Un patient est décédé dans son service de façon pas très catholique ! Il était devenu fou, se griffait les bras... etc ... Une enquête est en cours à ce sujet ! Bizarre !


Quand Titane se prends un grand coup dans les dents...

- Che chai pas che qui che pache, ni pourquoi ni comment....
- Titane !!! Qu'est qui vous arrive ??? Vous saignez de partout ???!
- Chai pas compris. Che cherchais mes clés, là, pour rentrer. Chai fu ta porte ouverte, ma pitite Marina, che me chui approchée pour chonner chez toi et t'avertir, et y'a une chorte de machtodonte machqué qui est chorti en me mettant chon poing dans mes dents. Oh mes dents, mes dents.

- Ma pauvre Titane. Je vais vous aider à les ramasser. JULIEN ! Julien, JULIEN !!!
- Quoi ???
- Tu peux venir, ya du boulot pour toi !
- Non, il faut que j 'aille au dépôt du "Le Journal", ils viennent de m'appeller pour la distribution d'une édition spéciale.


En direct des manifs

- Rg1 à Rg2, j'entends. Rg1 à Rg2, oui chef, je fais le rapport, chef :
petit un : 19h30, un photographe se faufile, au péril de sa vie, entre les automitrailleuses de la Police Politique et le flot menaçant des cohortes de la Jeunesse anti-Cpe.. Soudain, tout s'emballe, il mitraille à tour d'index. Puis, tout aussi soudainement, tout s'arrête !
petit deux : Et, là, nous l'avons reconnu ! C'est bien lui, Fred, le célébre transfuge de La Com'. Il couvre l'événement en indépendant...
petit trois : 19h30, le vacarme est tel que je n'ai pas entendu sonner mon portable. Chef. C'est pas de ma faute, chef.

- Le mettre en vibreur ? Mais chef...
- Ben là... mais là... ben je vous parle, chef !
- Ha non, je ne le vois plus, chef. Le Fred a disparu, à l'instant, chef.
- D'accord, chef, j'y vais, chef, je vous le retrouve, chef.


Mission secrète à la mairie

Pendant ce temps, à l'Hôtel de Ville, le ton de la discussion monte...
La voix grave dit, en s'adressant au maire :
- Patron, j'ai même pas eu besoin de faire quoique ce soit ! Le court-circuuit s'est chargée d'elle. La blonde ne pourra plus "bavasser". Il n'y avait pas d'autres solutions. Elle commençait à fréquenter les flics, elle aurait fini par parler ! Je sais que vous aviez de l'affection pour elle, mais vraiment, nous ne pouvions pas risquer qu'elle parle... !
Cette voix profonde et grave, c'était celle de Smirnoff le colosse.


- Tu as pu récupérer la puce au moins ?
C'est Philippe Deffer qui pose cette question, le maigrichon, déjà croisé, souvenez-vous, au café du commerce avec Marlène et plus tard chez Patrick.

- Oui Phil, j'avais le laguiole que ma femme m'a offert pour mon anniversaire, mais la blonde avait déja fait la moitié du travail quand elle a senti le court circuit. Au fait, patron, savez-vous pourquoi y a une abeille sur mon couteau ?

- Tu me prends pour la meuf du blog, mi-sédentaire, mi je sais pas quoi ! tonne le maire.

Nadine, la secrétaire, fait irruption dans le bureau du maire. Elle veut prévenir le maire que les manifestants lui demande une audience. Le maigrichon sort un revlover et le braque sur la tempe de la pauvre Nadine. Elle est terrifiée. Derrière elle, se tient un type blond et immense, serré dans un manteau de cuir noir. Sam Isover essaie d'appuyer sur la sonnette d'alarme dissimulée sous son bureau. Elle ne marche pas !
- Inutile, j'ai tout débranché, lâche Phil Deffer, je veux la puce...


Ca saigne au premier !

Le maigrichon ne remarque pas l'homme de main du maire, le fameux Indi au chapeau de Jones, croisé lui aussi chez Patrick. Il est rentré discrètement sur les pas de Nadine et s'est caché derrière la porte. Mais le cadre vitré avec la photo du Président Jean Peuplus trahit la présence de ce misérable larbin. Phillippe Deffer jette alors Nadine sur le larbin, lequel plante involontairement son laguiole (eh oui, lui aussi affectionne le laguiole) dans le coeur de la devouée secrétaire... Finies les RTeuTeu, bonjour les pissenlits...

La seconde suivante, Indi, le meurtrier involontaire, se retrouve avec une balle entre les deux yeux. C'est pas un rigolo, le maigrichon !
Jamais deux sans trois, et en voiture Simone... Après avoir retiré le laguiole du coeur de Nadine et léché le sang sur la lame, Philippe Deffer s'avance vers Sam Isover et le menace :
- La puce, tu as une minute.
Le maigrichon tient le laguiole de sa main droite et braque, de la main gauche, son revolver sur Sam Isover, vert de peur.

Soudain, le maigrichon l'aperçoit, là, la puce, sur le bureau, encore maculée du sang de Marlène. Le maire, affolé, essaye de fuir. En vain... Le maigrichon est passé par là et on ne court pas vite avec un laguiole manche en ronce de noyer planté dans le dos !


Edition spéciale. Demandez le journal de 20 h !

Fred, habillé de son T-Shirt orange "Le Journal", pousse son caddie plein d'exemplaires juste sortis des rotatives. Son uniforme est tellement voyant que la police a peu de chance de le repérer en vendeur de journaux.
- Edition spéciale. Demandez le journal. Edition Spéciale, Sam Isover, sa secrétaire et un inconnu assassinés. Demandez l'journal, édition spéciale ! Pour le même prix, vous avez en plus, le TV magazine, Madame Devenue, Les jardins Bricoleurs, Le plus drôle des Blogs, Tunning Story, Maman Je serai Qui plus tard, Moi, Trisaïeul, Le Dvdpourpersonnessourdesetaveugles et la télécommande multigénératfonctionnellthérapeuti-learning, un aspirateur robot mural (non, ma ptite dame, la centrale, vous la mettez à la cave), une boîte de petits-pois Darwin, un baladeur X18cop.
Demandez l'journal, Edition spéciale...

Julien aussi distribue "Le Journal" pour arrondir ses fins de mois difficiles d'étudiant.
- Mais t'es con où quoi ? Y sont pas de chez Darwin les petits-pois, mais de chez Mendel !

- Ca fait une différence pour toi ? DEMANDEZ LE JOURNAL, le Plus-du-quotidien-le quotidien-en-Plus. Demandez le Journal. Sam Isover, son assistante et un étranger assassinés !!!

- J'ai sommeil. J'irai bien me coucher. Quand est-ce que je gagne 2 000 euros à vie ? Je vais rejoindre Marina.

- Demandez... A mon avis, vu le temps, on va pas tarder à être obligés de rentrer... et ta com servira à t'acheter un quart de pomme... EDITION SPÉCIALE...

Un éclair rompt et le ciel et le cri. Julien et Fred courent en tirant leurs caddies.


Quand Steve fait le point sur son enquête...

Steve se dit que là, il faut faire le point de ce qu'il sait et de ce qu'il doit chercher (sinon, il ne s'en sort plus... et nous non plus !).
Il réfléchit à haute voix.
- Donc, je me retrouve avec six victimes.

La première, on l'a identifié, c'est la victime du lundi, un maître chanteur connu des services de police : donc, il a voulu faire chanter quelqu'un de plus fort que lui, qui l'a dessoudé pour ne pas acheter son silence. Le tueur a laissé son ordinateur cassé à côté de lui. Un message, sans doute, mais lequel ? Que signifie cette peinture rouge sur l'ordinateur ?

La seconde victime, le mardi, c'est Patrick, un ami de Julien qui a comme particularité d'être un génie de l'informatique. On sait qu'il a été torturé : donc, il avait du découvrir quelque chose d'important et on a voulu lui faire avouer ce que c'était ; ou bien il a découvert quelque chose que le tueur ne connaissait pas et il a tenté de le faire parler. Si Patrick a été jusqu'à se faire torturer, c'est qu'il a voulu protéger un secret. Lequel ? Pourquoi ? Il faudrait fouiller le disque dur de son ordinateur de fond en comble.

La troisième victime, c'est... oh, rien que d'y penser, je me sens si coupable de l'avoir laissée seule "Chez Pierrot" ce maudit mardi - c'est Marlène. Pourquoi l'avoir assassinée ? Sa particularité, mis à part cette paire de ... oh, non, il ne faut y penser... sa particularité donc, c'est son origine bulgare.
Je me demande aussi si ce papier au parfum de safran que j'ai retrouvé dans mon imper ne vient pas de Marlène, à qui j'avais prêté mon manteau et qui l'a laissé sur la banquette du café ? Il disait "Les heures filent, bientôt - 3..."

Marlène a été la victime du mercredi et c'est Marina qui a permis de la retrouver grâce au message envoyé sur son ordinateur par... par qui ? On ne sait pas, le tueur ? Un joueur ? Le tueur a joué avec nous pour Marlène, avec cette histoire de vote pour ou contre sa mort... Tapez 1, tapez 2 comme à la star'ac... . Là aussi, il se sert de l'informatique.

Il faut que je fasse une enquête sur Marlène, d'où elle venait, si elle avait de la famille, ce qu'elle faisait dans la vie... Je dois aussi enquêter sur ce safran de Rouergue.

Et son corps, où est-il ? Cette plaie au bras est curieuse, on aurait dit que quelque chose avait brulé... Il doit bien avoir une explication ! Il faudrait la retrouver pour faire une autopsie !

J'ai aussi à explorer la piste du Docteur Poutchinkow, qui a opéré ces trois premières victimes. Que leur a-t-il fait ? Cette opération est-elle liée à la blessure de Marlène ? On aurait dit que l'on lui a arraché quelque chose du bras... Tiens, je devrai aussi vérifier les bras des deux autres corps...

Aujourd'hui, jeudi, il y a eu trois meurtres : le maire, Sam Isover, qui baignait dans des affaires louches... et qui, lui aussi, a été informaticien avant d'être ce politique véreux... ; la secrétaire du maire, victime collatérale ; et ce faux Harrison Ford que personne ne connaissait...

Demain, à la première heure, j'organise une réunion de crise avec toute mon équipe. Il faut prendre ce salaud de court avant qu'il ne dégomme tous les Blogeurvillois ! Et les journalistes vont tous débarquer d'ici peu... Quelle pub pour notre ville !

Encore une histoire de toile !

Marina a finit par ramasser toutes les dents de sa voisine Titane... Ce n'était pas si grave, Titane n'ayant plus ses dents d'origine depuis bien longtemps... un coup de superglue et le tour était joué ! Elles ont décidés d'attendre le lendemain pour aller au commissariat porter plainte contre ce "machtodonte machqué" ; d'après Titane, il avait un faux air de Spider... Encore une histoire de toile !

Ptit câlin d'amour ?

Marina reste un long moment avec sa voisine pour la calmer. Puis la voix d'une amie l'appelle du fond de son sac. Marina répond en ouvrant son téléphone portable :
- Salut Steph, ça va ? Ca me surprend toujours d'entendre les potes en sonnerie du téléphone... Non, je n'avance pas. Je suis perdue dans la blogosphère à essayer de comprendre ce qui se passe ici. Je te raconterai. Non... pas fait l'anglais. J'ai rien lu de ce qu'il fallait, je commence à prendre un sérieux retard, avec ces grèves... Ouais, mais Julie ira loin, elle ! C'est pas comme nous, chouchou ! Et toi ?

Soudain, Marina pousse un cri d'effroi.
- Oh Julien ! Tu m'as fait une de ces peurs ! ... Non, Steph, c'est Julien qui vient de rentrer. Il est tout mouillé. Il m'a fait peuuuuur. Il a un regard de chien battu. Il est mignoooon... Je l'aiiiiiime... Bon Steph, on se voit comme convenu ? Ouais, à tout'.

Marina éteint le portable en souriant à Julien et de sa voix toute sensuelle :
- Alors, tu as atteint tes objectifs de vente ?
- Pfff, tu parles ! Avec ce temps !
- Fais pas c'te tête... Ptit calin ? Ptit câlin d'amour ?